Rédaction professionnelle #11 – La féminisation (3/3) – La féminisation des titres de fonction

La féminisation du discours vise à donner une place tangible aux femmes dans l’espace public. Cette féminisation peut se faire de trois manières :

  • L’écriture des deux formes, masculine et féminine, tout au long du texte ;
  • L’emploi de termes génériques et de tournures neutres ;
  • La formation d’un féminin selon les règles de formation du français.

Dans cet article, nous allons développer la troisième manière, à savoir la féminisation des titres de fonction.

1. Introduction

Depuis quelques décennies, les femmes ont accès à des professions et à des fonctions auparavant réservées aux hommes. Jusque tout récemment, ce fait de société n’était pas marqué dans la langue, c’est-à-dire qu’à ces professions et fonctions nouvelles ne correspondaient que des titres de fonction au masculin. La langue disposait, dans certains cas, d’une forme féminine attestée, mais celle-ci servait principalement à désigner l’épouse du titulaire du poste ; par exemple, la mairesse était la femme du maire.

Divers organismes ont pris position en faveur de la féminisation et présenté des recommandations à cet égard. Depuis, l’usage a beaucoup évolué ; les nouveaux titres féminins sont de plus en plus usités. La plupart des femmes — et des hommes — n’hésitent plus à dire la ministre ou l’avocate. Cependant, certaines personnes montrent encore de la réticence à utiliser des formes féminines qu’elles perçoivent souvent comme péjoratives ou dépréciatives…

Aussi le dis-je et le répète-je : la féminisation demeure une affaire de choix personnel.

2. Recommandations générales

Pour la féminisation des titres de fonction, il est recommandé :

  • D’utiliser les formes féminines déjà admises ou déjà consignées dans les dictionnaires : une directrice, une avocate, une surveillante…
  • De se servir des termes dits épicènes, c’est-à-dire qui s’écrivent de la même manière au masculin et au féminin, accompagnés d’un article féminin : une gestionnaire, une journaliste, une chef, une notaire…
  • D’écrire les désignations de poste au masculin et au féminin dans les documents officiels de l’administration, notamment les avis de concours : conseiller, conseillère ; vérificateur, vérificatrice…
  • D’utiliser les formes nouvelles ou d’en créer d’autres en suivant les règles énoncées un peu plus loin dans cet article.

Les règles présentées ci-après ne sont pas destinées à remplacer les règles traditionnelles de formation du féminin ; d’ailleurs, elles s’y conforment, sauf en ce qui a trait à la terminaison en -eur. Elles sont données à titre indicatif et peuvent servir à la création d’une nouvelle appellation dans le cas où aucune forme n’est attestée dans l’usage.

3. Mots identiques au masculin et au féminin (épicènes)

Le genre de ces mots, qui s’écrivent de la même manière au masculin et au féminin, n’est pas marqué par la terminaison mais par l’article défini, l’article indéfini, l’adjectif démonstratif, etc. :

  • une ministre
  • une cadre
  • la pilote
  • une juriste
  • une architecte
  • cette diplomate
  • la commis
  • la dactylo
  • une imprésario
  • la substitut

Certains mots sont considérés comme épicènes parce que toute tentative de les féminiser entraînerait ce qu’il y a lieu d’appeler des « collisions sémantiques » et produirait parfois même des effets cocasses. Ainsi les mots matelot, camelot, médecin et marin devraient, suivant les règles traditionnelles, faire au féminin matelote, camelote, médecine et marine, tous des mots qui existent en français mais qui désignent tout autre chose. En conséquence, les formes matelot, camelot, médecin et marin sont jugées épicènes. On dira donc au féminin :

  • une matelot
  • une camelot
  • une médecin
  • une marin

Mannequin, qui est donné comme masculin dans les dictionnaires pour désigner autant les femmes que les hommes, est tenu pour épicène et peut donc être aussi utilisé au féminin : une mannequin.

Songez à tous les nouveaux accords possibles, hihihi.

4. Mots qui changent de forme au féminin

4.1. Noms se terminant par -e ou par

Un bon nombre des noms se terminant par -e appartiennent à la catégorie des mots épicènes mais certains autres forment leur féminin par l’adjonction de -sse :

  • une mairesse
  • une maîtresse
  • une contremaîtresse

Bien que considéré comme vieilli ou littéraire (poétesse, chasseresse), le suffixe -esse est tout à fait vivant dans le cas de maîtresse et contremaîtresse, de même que dans des termes comme demanderesse et acquéresse (qui appartiennent à la langue juridique).

Pour l’appellation maire, la forme féminine retenue est bel et bien mairesse, soit la forme qui était déjà en usage, même si ce terme servait à désigner la femme du maire.

Les noms qui se terminent par prennent quant à eux un e muet au féminin :

  • une députée
  • une employée
  • une préposée

4.2. Noms se terminant par -t ou -d

Les noms appartenant à cette catégorie forment habituellement leur féminin par l’adjonction d’un -e :

  • une agente
  • une avocate
  • une consultante
  • une tisserande

Les termes qui se terminent par -et au masculin font en général leur féminin en -ète (une préfète) et, exceptionnellement, en -ette (une cadette).

4.3. Noms se terminant par -l ou -n

Le féminin se construit souvent par l’adjonction d’un -e final à la forme masculine :

  • une consule
  • une principale
  • une écrivaine

Il arrive cependant qu’il faille redoubler la consonne finale :

  • une contractuelle
  • une professionnelle
  • une électricienne
  • une mécanicienne
  • une forgeronne

4.4. Noms se terminant par -er ou -ier

Les noms terminés par le suffixe -er ou -ier font -ère ou -ière au féminin :

  • une conseillère
  • une ouvrière
  • une banquière
  • une greffière

4.5. Noms se terminant par -eur ou -teur

Le féminin des mots en -eur prend diverses formes (-euse, -esse ou –eure). De toutes ces formes, la plus régulière est -euse :

  • une boxeuse
  • une chercheuse
  • une patrouilleuse

Font exception à cette règle les mots empereur et ambassadeur : on dit au féminin une impératrice et une ambassadrice. Font également exception les termes juridiques demandeur, acquéreur et défendeur : au féminin, demanderesse, acquéresse et défenderesse.

Par ailleurs, étant donné la valeur péjorative accordée à certaines formes en – euse, l’Office de la langue française a recommandé la forme féminine -eure dans le cas de titres comme assureur, professeur, gouverneur, procureur, ingénieur et réviseur :

  • une ingénieure
  • une gouverneure
  • une assureure
  • une procureure
  • une réviseure
  • une professeure

La terminaison en -eure, qui défie les règles traditionnelles de formation du féminin, a provoqué au départ une levée de boucliers, mais a graduellement gagné en popularité, tant et si bien que certaines des formes susmentionnées sont complètement entrées dans l’usage. En France et en Belgique, cependant, ces titres sont identiques au masculin et au féminin : une ingénieur, une professeur, etc.

Quant aux noms qui se terminent en -teur, ils font généralement leur féminin en -teuse lorsque le verbe correspondant comporte un t dans son radical :

  • une acheteuse (acheter)
  • une rapporteuse (rapporter)
  • une solliciteuse (solliciter)

Il y a toutefois des exceptions :

  • une inventrice (inventer)

Lorsqu’il n’existe aucun verbe correspondant ou lorsque le verbe ne comporte pas de t dans son radical, la forme féminine se termine habituellement par – trice :

  • une aviatrice
  • une agricultrice
  • une directrice (diriger)
  • une rédactrice (rédiger)
  • une administratrice (administrer)

En ce qui a trait toutefois aux termes auteur,  metteur en scène et sculpteur, les formes féminines suivantes sont proposées :

  • une auteure
  • une metteure en scène
  • une sculpteure

Il est à noter qu’on rencontre dans l’usage le féminin directeure, mais que la forme recommandée est directrice.

5. Règle d’accord

Les adjectifs et les participes qui se rapportent aux appellations s’accordent systématiquement au féminin, y compris dans les appellations professionnelles complexes :

  • une conseillère principale
  • la présidente-directrice générale
  • la directrice adjointe
  • la chef correctrice
  • la rédactrice-réviseure
  • madame la haute-commissaire
  • madame la sous-ministre adjointe

6. Maître et docteur

Le terme maître peut prendre au féminin soit la forme maître, soit la forme maîtresse, selon le cas. Le choix de l’une ou l’autre de ces formes dépend du titre. Lorsque maître est utilisé comme titre honorifique (par exemple pour une avocate), il ne change pas au féminin :

  • une maître d’hôtel
  • maître Alain Térieur
  • une maîtresse de ballet
  • une maîtresse de poste

Toutefois, le titre docteur fait au féminin docteure :

  • docteure Marie Tremblay
  • madame la docteure

7. Madame et mademoiselle

En général, il vaut mieux ne pas se servir du titre mademoiselle, étant donné qu’il fait allusion au statut social de la personne (femme non mariée). On ne s’en servira que si l’intéressée tient à ce titre ou s’il s’agit d’une jeune fille (et encore, si cela ne la dérange pas)3. On n’utilisera donc, pour les femmes, que le titre madame. En France,  l’expression a été bannie des documents officiels, ainsi que d’autres expressions.

Pour ce qui est de la forme madelle (contraction de madame et de mademoiselle), elle n’a pas été retenue par l’usage. Il est donc déconseillé de l’utiliser.

8. Titres religieux

La féminisation des titres religieux n’a pas fait l’objet d’un examen approfondi. Il serait cependant utile de disposer de certaines formes féminines, pour le cas où la fonction serait occupée par une femme :

  • une abbée
  • une prêtre
  • une chanoine
  • une pasteure

Il est intéressant de noter que des formes féminines existent déjà dans la langue française (abbesse, prêtresse, chanoinesse, pastoresse), mais qu’elles n’ont pas été retenues parce qu’elles désignent souvent des fonctions ou des réalités différentes.

En espérant que cela vous aidera, je vous dis :
à plus tard… au plus tôt !

Rémi L.

Source :  Isabelle Clerc, Éric Kavanagh (2006).
De la lettre à la page Web
: savoir communiquer avec le grand public. Université Laval. Groupe Rédiger.

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