Rédaction professionnelle #09 – La féminisation (1/3) – l’écriture des formes masculine et féminine

La féminisation du discours vise à donner une place tangible aux femmes dans l’espace public. Cette féminisation peut se faire de trois manières :

  • L’écriture des deux formes, masculine et féminine, tout au long du texte ;
  • L’emploi de termes génériques et de tournures neutres ;
  • La formation d’un féminin selon les règles de formation du français.

Dans cet article, nous allons définir en détails ce qu’est la féminisation textuelle ainsi que développer la première manière, à savoir l’écriture des deux formes, masculine et féminine, tout au long du texte.

1. Mise en contexte

1.1. Définition de la féminisation textuelle

La féminisation des textes a pour objet de rendre les femmes plus visibles dans les communications et de substituer aux tournures sexistes des expressions et des périphrases non sexistes. La présence des femmes est de plus en plus marquée dans des documents comme les conventions collectives, les manuels scolaires, les formulaires à caractère administratif, les textes et discours de nature politique.

En matière de féminisation, on s’entend également sur le fait de féminiser les textes qui s’adressent exclusivement à des femmes. Une lettre destinée à une femme devrait décliner vedette, objet, appel et corps du texte au féminin. Si l’idée fait consensus au sein de la fonction publique, sa réalisation matérielle tarde en raison, notamment, de contraintes informatiques.

1.2. Un texte alourdi ?

La féminisation des textes qui s’adressent aussi bien aux hommes qu’aux femmes est plus délicate parce qu’elle peut, selon les contextes, alourdir indûment les écrits. Il faut recourir à l’emploi des féminins et des masculins avec doigté dans des endroits stratégiques, en début de chapitre, par exemple : on commencera volontiers un texte par ce document s’adresse à celles et ceux […] ou encore ce document s’adresse à toute personne […].

Certains genres d’écrits se prêtent mieux que d’autres à la féminisation. S’il est relativement aisé de faire alterner le féminin et le masculin dans un texte suivi, il est parfois impossible d’augmenter le nombre de caractères en raison des contraintes graphiques.

Le rédacteur moyen, face à la thématique de la féminisation.

Précisons que cette rétrospective se fait dans un souci d’ouverture :
j’expose les possibilités qui s’offrent à toute personne soucieuse de féminiser davantage ses textes, sans prendre parti.
Si je rappelle certaines règles, ces mêmes règles seront peut-être appelées à changer… Le français demeure une langue vivante. 

2. L’écriture des formes masculine et féminine tout au long du texte

La forme masculine et la forme féminine du nom ou du pronom sont écrites toutes deux, au long, l’une à côté de l’autre :

  • Le chef du contentieux fera parvenir un avis de convocation aux avocats et aux avocates du ministère.
  • Les traducteurs et les traductrices du service font de plus en plus d’heures supplémentaires.
  • Tous et toutes sont invités à participer à l’atelier sur la gestion des piñatas.

Il est fortement déconseillé d’avoir recours aux parenthèses, au trait d’union ou aux barres obliques pour l’inscription du féminin. Ces formes télescopées ne sont pas conformes aux règles grammaticales et nuisent à la clarté de la communication :

  • les directeurs(trices)
  • les chirurgiens/nes
  • les étudiant-e-s
  • les auditeurs-trices
  • les employés(es)
  • Les employé(e)s doivent être attentifs(ves), poli(e)s et courtois(es) avec leurs client(e)s.

Voici donc, détaillés,
les principes à respecter lorsqu’on écrit les deux formes tout au long d’un texte.

2.1. Accord des adjectifs et des participes

Les adjectifs et les participes passés se mettent au masculin pluriel lorsqu’ils se rapportent à la fois au nom masculin et au nom féminin. Si les deux noms sont au singulier, l’accord peut se faire au masculin singulier si cela n’entraîne pas d’ambiguïté :

  • Les Français et les Françaises seront bientôt appelés à élire un nouveau capitaine de soirée.
  • les candidates et les candidats choisis
  • la candidate ou le candidat choisi

Certains proposent de faire l’accord avec le nom le plus rapproché ; c’est donc dire que, dans certains cas, l’accord pourrait se faire au féminin pluriel :

  • Les catcheurs et les catcheuses sont compétentes.

Ce type d’accord peut être considéré comme une survivance de la langue classique. Cependant, il est susceptible d’introduire une confusion là où l’adjectif ou le participe ne se rapporte qu’à un seul des noms. S’il y a danger d’ambiguïté, il vaut mieux éviter ce procédé.

2.2. Ordre des formes féminine et masculine

On place indifféremment la forme masculine ou la forme féminine en premier lieu dans l’énoncé :

  • les femmes et les hommes ou les hommes et les femmes
  • l’employé ou l’employéeou l’employée ou l’employé

Cependant, pour des raisons d’euphonie, le nom qui régit l’accord (souvent le nom masculin) est placé le plus près possible du mot à accorder lorsque les noms sont accompagnés d’un adjectif ou d’un participe.

  • les candidates et les candidats disqualifiés
  • l’employée et l’employé congédiés

Certains ont proposé de respecter l’ordre alphabétique des lettres qui composent les termes, étant donné que cet ordre ne repose pas sur la hiérarchie des sexes :

  • les vendeurs et les vendeuses
  • les candidates et les candidats

2.3. Répétition des articles et des adjectifs

Les articles définis et indéfinis sont répétés, en principe, devant chaque nom qu’ils modifient :

  • Cette politique absurde s’adresse à l’ensemble des professeurs et des professeures.
  • Les conseillers et les conseillères de Pôle-Emploi se tiennent à votre entière disposition.

Lorsque la forme masculine et la forme féminine d’un nom sont les mêmes (nom épicène), il est possible — mais non recommandé — d’écrire le ou la ou un ou une devant le nom. Il est préférable d’écrire le terme après chaque article :

  • Le titulaire ou la titulaire du poste devra effectuer le travail dans des délais très serrés.
    et non Le ou la titulaire devra effectuer le travail dans des délais très serrés.

On répète aussi en principe les adjectifs :

  • Certaines avocates et certains avocats seront exemptés de remplir le questionnaire si leur emploi du temps est trop chargé.
  • Le crédit à la formation équivaut à 10 % du salaire annuel du nouvel employé ou de la nouvelle employée.
  • Tous les agents et toutes les agentes recevront bientôt un nouvel ordinateur.

2.4. Suppression d’éléments

Il est possible de supprimer l’article lorsque la forme masculine et la forme féminine désignent des personnes appartenant au même groupe :

  • Les agents et agentes qui sont en congé devront obtenir une autorisation spéciale.
  • Les participants et participantes doivent remplir un formulaire d’évaluation à la fin de l’atelier.

Cependant, pour éviter tout risque d’ambiguïté, il n’est pas souhaitable de supprimer le deuxième élément d’un titre de fonction comportant un trait d’union :

  • On veut retenir les services d’un expert-conseil ou d’une experte-conseil.
    et non
    On veut retenir les services d’un expert ou d’une experte-conseil.

Il en va de même des titres de fonction formés d’un nom et d’un adjectif :

  • Le directeur général ou la directrice générale siégera à la prochaine séance de l’assemblée.
    et non
    La directrice ou le directeur général siégera à la prochaine séance de l’assemblée.

Il est admis de ne pas répéter inutilement certains éléments de la phrase :

  • Tous les coordonnateurs et les coordonnatrices ont uni leurs efforts pour lancer le programme à la date prévue.

2.5. Reprise par un pronom

Quand les formes des deux genres ont été utilisées dans une phrase, on peut ensuite avoir recours au pronom masculin pluriel :

  • Le Ministère offre aux informaticiens et aux informaticiennes un cadre de travail unique en son genre pour qu’ils travaillent plus rapidement dans les situations d’urgence.

Quand on a utilisé dans une phrase soit un nom collectif comme personnel, soit un terme pluriel qui, comme cadres, est dit épicène — c’est-à-dire un terme qui s’écrit de la même façon au masculin et au féminin, on se sert des deux pronoms si l’on veut faire ressortir le féminin dans le texte :

  • Les cadres de la direction ne font pas tous et toutes partie du même groupe professionnel de mini-golf.
  • Le personnel de la poissonnerie est convoqué à une réunion importante ; ceux et celles qui ne pourront s’y présenter sont priés d’en informer la direction le plus tôt possible.

2.6. Accord du verbe après ou

Si la conjonction ou évoque une idée d’addition, le verbe se met au masculin pluriel :

  • L’employé ou l’employée sont tenus de respecter les consignes de sécurité.

Si la conjonction ou implique une disjonction ou une opposition entre les noms, le verbe se met au singulier :

  • La directrice ou le directeur en poste à Melun est appelé à prendre des décisions difficiles.

 

En espérant que cela vous aidera, je vous dis :
à plus tard… au plus tôt !

Rémi L.

Source :  Isabelle Clerc, Éric Kavanagh (2006).
De la lettre à la page Web
: savoir communiquer avec le grand public. Université Laval. Groupe Rédiger.

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