Passade à vide

« La colère est une haine ouverte et passagère ; la haine, une colère retenue et suivie. »

  • Charles Pinot Duclos

Ça fait un bail que je n’avais pas mis les pieds dans un cybercafé. Bon, j’aurais pu mieux choisir, la faune locale n’est pas si avenante.

Je n’aurais pas dû boire, il ne m’arrive jamais rien de bon. D’aucuns disent que ressortent le pire de nous à chaque gorgée. Liqueur a ses raisons que la raison ignore.

Je suis tellement en colère. Tout est libre, désespérément libre. Libre à moi d’élever des tempêtes, de balancer mon mal-être à qui veut l’entendre ! Mais cette écume, cette petite écume relâchée dans un océan malingre où l’on n’entend plus que le bruit des marées… Qui l’entendra ?

Oh, il n’est pas question des secours. Il n’en a jamais été question. Il n’y a pas de rôle pour eux, ici. La vedette, c’est le bateau qui coule, l’épave en devenir ! Vous ne trouverez jamais mieux qu’un acteur, un faussaire s’impliquant, se détruisant même dans sa propre démarche.

C’est une déchirure, une poilade désargentée. Une petite horreur comme il nous en passe tant sous le nez, chaque jour devant nos yeux défaits. L’âme s’ouvre, dévoile ses pétales ; un à un, ils se posent sur l’eau du lac, avant de se noyer.

Peut-être que la plus grande des douleurs ici est d’opposer un monde implacable à l’écriture, au langage, aux mots. Les odes, les poèmes, les romans… chacun à leur façon ils subliment, accompagnent les péripéties humaines, sans rien y changer. Et pourtant, fort de cette détresse, s’élèvent de grands monts, aux crêtes bouleversantes, comme si la vue était d’autant plus belle.

Suis-je parvenu à quelques fins ?  Je ne vois rien, je ne comprends plus. Ou plutôt, je maudis cette clarté, ce regard furieux et triste. J’invente des vérités, effondre des hommes, sans rien craindre. Je suis libre. Je peux être. Je renonce.

Oui, je renonce.

Teckhell

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