Nomade land

« Les plus belles passions ne sont que la rencontre de deux égoïsmes. »

  • Jean-Yves Soucy

Ils sont là. Lui, elle, et un petit peu d’eux. Les couleurs rampent le long des murs, strient les objets et émiettent la rues. Délavées, jaunies, tout cela laisse bien peu de noir, si peu de nuit. On entend le monde grésiller au loin, comme un vieux néon. Tout est si calme, près du banc : un peu de vie, deux trois frissons.

Au départ, elle voulait juste lui donner son cru. Abrupte et malapprise, il fallait la voir tendre son mauvais vin et lancer : “Tiens, voilà. T’en as plus besoin que moi.”. Il remercie, philosophe, ne sait bientôt plus quoi dire. Le silence retombe en petits bris ; lentement, la pitié laisse place à la douleur.

Deux pépites s’entrechoquent, au fond de la rivière.

Tout est si simple… tout est plus simple. Lorsqu’elle parle, ses boucles s’agitent et tempêtent… L’homme écoute les vérités renfrognées, toutes ces vérités qui n’ont plus cours le lendemain. Elle a raison : virevolte, virevolte le sentiment aux mille noms ! Se succèdent, se subliment les rosaces du temps qui passe… Et puis, la déferlante.

La déferlante.

Assez de maux : ces maux qui nuisent, où l’on ne pèse même plus le jour et le contre. Tout est dit, elle n’a plus rien. Non… elle n’est plus rien. Lui ? lui, il n’est guère plus. Il voudrait pourtant mais, si le monde l’intrigue, lui ne parle à personne. Un nom, une négation. Du coup, il cherche les couleurs dans ce jeu de silhouettes. Elle est belle, c’est évident : cette petite ambre, qui égaye décembre ! Leurs volutes obscures se croisent, s’enlacent… Au diable l’aménité ! Il se prend au songe, un désir mâtiné d’un millier d’aubes… un désir qui à lui seul tiendrait tête à l’éternel, qui atténuerait la douleur des ires.

Les yeux humides, le calme finit par revenir. Il se rappelle de sa vie, de cette bouteille à l’amer, restée par terre. Les lumières fatiguent et crépitent. Le chaos calme finit par revenir pendant que la nuit s’écoule parmi les étoiles. Silence, silence. Puis, une caresse : leurs mains se touchent, dans un dernier hasard. Il suffisait de regarder l’autre.

Ils sont là. Lui, elle, et un petit peu d’eux.

Teckhell

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