Marchand de soleils

« Je suis une nocturne. Pour moi, la créativité vient la nuit. Il se passe quelque chose avec la nuit. Une énergie différente. La nuit est un vide dans lequel je peux créer. »

  • Grace Jones

Guinness renifle, inquiète. Sa truffe inspecte la main, tandis qu’elle plonge ses yeux noirs dans un regard blanc. De mon corps évanoui, ne reste que la pluie d’une âme.

Quelques heures plus tard. Le colocataire a déjà mangé, et s’est couché. C’est dommage. My bad. Je ne voulais pas lui imposer ça. D’habitude, c’est en cours de journée, il ne s’en rend pas compte. Mais toutes les routines ont leurs écarts, je suppose.

Ce sera donc un croûton nocturne, assis sur le canapé. Je n’allume pas la lumière, j’ai toujours aimé la nuit. J’ai toujours aimé la nuit, parce qu’il nous faut être le jour. Une lumière colérique, fatiguée, vacillante, dont les bougies s’éteignent une à une, lentement.

Du balcon, le boulevard ; fleuve goudronné, aux gouttes de pétrole. La ville sombre a toujours eu une saveur particulière ; déglinguée, comme libre. Une vie sans nous. Belle ville amère.

En un instant, je me retrouve dehors. Désert des lampadaires, me voilà !

Je zieute ma montre, nénuphare narguant l’étang des heures. La pauvre est encore abîmée d’une dernière virée, où j’ai raccompagné un bon ami. C’était une sacrée averse, c’est vrai ; une belle pluie. Lors d’une randonnée dans les calanques, quelques touffes d’herbe émergeaient çà et là. On aurait dit des perles d’émeraude parsemant les monts. La vie a bel et bien un grain. De quelques pluies de la passion, elle constelle le monde.

1er mai. Il semblerait que je me retrouve donc muguet larron dans les artères d’une cité en manque de veine. Malgré quelques halos lumineux, elle reste à jamais grisée. Quant à la vérité, elle se promène dans ce théâtre ; les sentiments, les sensations, livrés à eux-mêmes, atteignent une splendeur désarmante.

La pluie, cette petite tâche qui fonce la vie. Alors que l’orage lave le ciel, il nous fait soudain nuage. La larme à l’œil, certains marchent, d’autres courent. Oui, quel étrange moment où l’on averse dans le sentimentalisme. Au milieu de cette peinture enténébrée, bien souvent nos pensées s’emmêlent les pinceaux. On pense, on panse. Les souffrances s’égarent, comme autant de peines perdues…

Et petit à petit, l’aube cligne des yeux. Ses joues rosées inondent les rues, tandis que l’ombre et la lumière, coquettes, reprennent tout leur contraste.

(sourire)

Ce fut une promenade au bord de lune, et la pluie s’en est enfuie avec précipitation. Si la nuit teinte sans bruine douceurs et douleurs, le jour dans son vacarme masque un vague à l’âme.

Aujourd’hui, mon cœur est calme, et la vie y sommeille.

Teckhell

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