Le cœur à l’ouvrage

« C’est une suite de preuves dans la vie. On vit en se prouvant les décisions, en se prouvant les actes. »

  • Yves Thériault

Je me relève péniblement, après dieu sait combien de temps. L’heure est tardive, la marge délicate ; les événements eux-mêmes semblent hagards tandis que je m’engouffre dans mon jeune quotidien.

A la récréation, tandis que je surveille avec les enfants, de fines balafres me reviennent. Dans le silence nerveux, elles griffent et grignotent comme le pourri asticote. Je ne sais toujours pas qui je suis, ce que je suis en train de vivre. On m’appelle par un prénom que je ne reconnais pas. Plusieurs fois je manque de basculer mais quelque chose me retient. L’habitude. J’ai déjà vécu ça. Je crois. Il faut juste se donner du temps.

La matinée doucement s’écoule et, un peu plus chaque jour, fait le lit de l’automne.

Mes obligations remplies, je suis rentré chez moi faire le point. Appliqué, je vide mes poches comme une mauvaise cuite, regarde avec suspicion les alentours. Je ne suis pas en colère, ni même triste, non. Quatre années ont passé, cela suffit.

Le regard vagabonde, il escalade les hauteurs et se fraye un chemin parmi les détails. Ca y est, il a trouvé. Rapidement l’on déterre l’ouvrage couleur chair.

« L’élégance du hérisson »

Je n’ai pas froissé le papier. Les lignes sont encore droites, et le fond ne manque pas de caractère. Bien. J’ai même pensé à mettre un marque-page avant de m’en aller, suis-je bien élevé ! (sourire)

Comment en suis-je arrivé là ? l’on pourrait piocher bien des mots pour légender tout ceci : ironie, destin… amour ? voyons… n’espérez pas une réponse, les choses manquent d’absolu. Tout ce que je sais, c’est que je veux devenir quelqu’un de meilleur, quelqu’un de bien. Une bonne personne.

Et pour ce faire, il faut commencer par les peurs, et ce qui fait que les fenêtres pleurent.

En relisant à la page marquée, je m’aperçois que je me suis pâmé durant l’acmé. La faiblesse est féroce, mais le passage toujours aussi bouleversant.

Cela faisait quatre ans que je n’avais plus rien lu. Quatre ans que je fuyais jusqu’à mes propres livres de cours, improvisant au fil de mes études. Quatre ans de peur et de féroce, qui désormais tremblent devant l’accalmie et l’espoir. Vécu de l’intérieur, c’est truculent.

J’ai dévoré l’ouvrage, faisant fi du sevrage : j’aurais aimé que mon mal n’ait pas voix au chapitre, mais il faudra attendre encore quelques temps.  Cette lecture m’a également fait prendre conscience de toute la solitude de mon écriture, de son décharnement. Lire quelqu’un est un sentiment merveilleux : découvrir de nouvelles architectures, de nouveaux mots, accompagner ses instants, toucher le sens… Ah ! comme je me plais à y voir rayonner mille et mille écrins.

Tout ce noir, et tout ce blanc, il y a de quoi griser. Et tant pis si vous n’y voyez qu’une frasque déclarative : pour le moment, je vais laisser la lumière allumée.

Teckhell

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