La Fontaine des Danaïdes

« Personne n’est aussi vide que celui qui est rempli de lui-même. »

  • Whichcate

Alors que la nuit veille, chaque flocon de brume, un à un, succombe à la lumière en un bel incendie solaire. Le gris rougeoyant gagne bientôt les toiles nocturnes et, sublime, crépite dans le ciel. On sourit des saisons qui passent et du jeu des braises qui s’essoufflent. Oh, ces volutes de fumée ! lourdes trainées d’une belle robe que l’on ne peut qu’imaginer.

Sur le calepin se dessinent de vieilles lettres, un peu fragiles. Les ratures soutiennent l’ouvrage que surveillent au loin des yeux fatigués. Le texte ne va pas très loin et bientôt le crayon volontaire est congédié. Il y a des choses que l’on écrit, dont on parle, et d’autres que l’on tait.

Deux âmes se tournent autour. Quelques contacts doucereux ponctuent les regards sucrés. Tout en plaisantant, ils se rapprochent, se rapprochent… Tout fout le camp, mais pas eux. Ils restent blottis, l’un contre l’autre, peut-être pour une nuit, peut-être pour une vie. Il lui touche la joue de sa main calme, ses yeux se voilent. De chaque baiser s’évade un petit amour, comme autant de merveilles avant que la nuit ne s’éteigne.

Tandis qu’elle se mord la lèvre, je raccompagne l’un de mes comparses, un peu éméché et un peu seul. Rapidement on ne distingue plus les amants.

Je ne regrette pas de boire à nouveau. En fait, ça n’a pas changé grand-chose, je reste capitaine de soirée. Chaperon, surveillant, vigilant, je bois un peu. Pourquoi pas. In vino veritas.

A chaque gorgée, le monde se désinhibe et se déshabille. Même les plus grands orgueils, adeptes des effets de manche, finissent par succomber. Et au milieu, les sobres et les un peu moins saouls. J’aime bien. Fut un temps, j’avais de la condescendance et du mépris mais maintenant, il ne reste qu’une curiosité enfantine et amusée.

Est-ce une bonne chose, est-ce une belle chose ?… Est-ce “juste” ? Aucune idée. Certains boivent par envie, d’autres par besoin, mais toujours revient cette pulsion d’oubli.

C’est ce que me bégayait notamment le bonhomme que je ramenais : “vient un moment où en tant qu’individu, tu t’oublies et tu te fonds au groupe”. Et puis il vidait son shooter et repartait sur la piste.

Ah le verre à moitié vide et/ou à moitié plein. Choisis ton camp, camarade !

J’ai choisi, il y a de ça des années, lorsque j’ai commencé à perdre le contrôle et à oublier. Je n’ai plus peur. A vrai dire, je ne ressens plus grand-chose. Ça s’en va, doucement, comme une brise passe par la fenêtre et aère la pièce.

La boisson m’est douloureuse car elle me rappelle à mes sempiternels problèmes, à leurs séquelles. Ne plus savoir s’amuser, s’accorder du plaisir, et rire jaune, rire jaune. Il n’y a que le détestable, il n’y a que les obsessions.

Je ne suis pas dupe, je ne suis pas défaitiste. Un équilibre va se mettre en place et avec un peu de chance je me retrouverais sur une piste de danse, con sensuel. Il faut juste tenir et ne pas froisser les autres. Les laisser vivre leurs nuits et leurs oublis.

En attendant, je reste avec mes mots, comme un écureuil un peu aigri avec un tas de noisettes. Je devise, je philosophe, je passe à côté de ma vie ; dans le sillage de cette fuite, semant les métaphores.

Teckhell

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