Impair

« Le vrai bonheur serait de se souvenir du présent. »

  • Jules Renard

Derrière l’ardoise décor
Toi aussi, tu atteindras le monument aurore…

Ouvrez la parenthèse,

Je l’ai laissée prendre des photos, des souvenirs, je l’ai laissée partir. Le reste de la semaine s’est déroulée avec retenue, dans un écroulement élégant.

 Fermez la parenthèse.

Tôt un matin, sept matins plus loin ; lumière par intérim dans la ville, je quitte ma réserve. Les lampes cuivrent toute la cité phocéenne, ambre portée et ambre réelle.

“A quoi tu penses ?
– Non, toi, à quoi tu penses ?”

Mes bris se perdent dans la brise.

(soupir)

Dans la nuit nacre, une partie du bleu de la mer s’attendrit et s’élève, haut dans le ciel. Je retourne sur mes pas, remonte les journées, silencieux et pensif. Les routes désertes chuchotent au détour des carrefours. Le visage noir de barbe, je me surprends quelquefois à afficher un vieux sourire, féroce et entendu. La nuit est relative.

Le bout du chemin ; je dépasse la villa Méditerranée, le MuCEM et contemple ma destination de la matinée : un vaste escalier. Joyeuse semaine, toi. Je retrouve rapidement ma place, et pose ma sacoche sur le côté. Au loin, des badauds pêchent les premiers rayons du soleil.

Et puis… plus rien. Un silence impérieux, bouleversant.

J’essaie de poétiser, de chercher des réponses dans l’azur sucré et piquant, en vain. L’heure est aux constats, aux situations noyées dans l’aube de ma dépouille. Tout ceci donne l’impression d’une tristesse télégramme, émiettée et freinée, d’une mécanique inhumaine.

Suis-je donc si défait ?

Oui et non. Suffisamment pour maudire un paquet de choses, suffisamment peu pour le faire en mangeant une pomme.

Ruinant un peu plus mes efforts de dramaturge, le ciel prend des allures de crème.

Elle portait sa vie comme un bel accessoire et d’une légèreté indolente badinait…

Au moins, revoilà l’inspiration. Je m’enivre et murmure ce que je crée, au fur et à mesure de la démesure, perdant de vue mon cœur fendu.

Quelques feuilles piaffent et pépient, à moitié en-dehors de la sacoche. Il y a un joli vent, c’est vrai. Il presse les nuages, et donne au monde une accélération enfantine. Ça m’a pris le temps, mais je crois que le compte y est. Tous mes textes, compilés, ensemble, existant. La plupart n’avaient jamais été imprimés, et prennent l’air pour la première fois.

D’un œil faussement expert et non sans malice, je considère le classeur : voilà, ça c’est moi, c’est ce que je vis, ce que j’écris. Mon art ou, résumé comme j’espère je le résumerais toujours, ce qui me passe par la tête. Ces mots, couchés sur le clavier, désormais accouchés par l’imprimante, resteront : ils n’ont plus besoin de moi. D’autres manquent m’occupent.

Et tandis que mon immortalité, ce pauvre trophée, bruisse,

Dans une désespérance humaine, je pense à elle et mes yeux brillent.

Tant pis pour la satisfaction et le repos de l’âme. In cauda venenum.

L’écume dessine un grossier carrelage par-dessus les vagues. Entre don et abandon, les promesses et les serments y glissent, avant de se fracasser sur les côtes saillantes du littoral. Les portes du musée finissent enfin par s’ouvrir ; des silhouettes fuient l’extérieur jour et disparaissent dans les locaux. Je reste silencieux, d’une attention absurde.

Fin de la pomme, restent la saveur et les pépins.

Je pars enfin, en traînant les pieds ; dans ma simplicité, entoilé.

Teckhell

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