Gymnastique achromatique

« Tout lecteur est soit un voyageur qui fait une pause ou quelqu’un qui rentre chez lui. »

  • Alberto Manguel

Cette année, je travaille de temps à autre dans une école ; je m’élève au rang de maître, de professeur, du haut de mes 22 ans. Il y a comme une incongruité, un absurde qui retiendrait son souffle alors qu’une ère paisiblement s’achève.

Lorsque les enfants délaissent leurs classes et que tinte midi d’une ou deux éclaircies, je sors moi aussi. Zébré de rues, le quartier est un peu excentré ; un grand parc a pourtant réussi à y pousser, en vert et contre tous. Quelquefois l’après-midi et moi nous y promenons : l’on y emprunte les grandes allées tout en effeuillant les chemins. Le vent qui enveloppe, d’un triste chuchotis strie les bassins. Il écorche çà et là les ondes saphirs et, de sa merveille, érode les colosses verts.

Partout, la lumière et sa sarabande.

A quoi ? cinq, dix minutes de l’école, la Grande Bleue, mer méditerranéenne de son état. Entre midi et deux, le bord de mer est d’un calme plage, les hardis badauds restant à bonne distance de l’écume. Suivant les jours, le paysage paraîtrait presque adolescent : mal fichu, peaufiné mais pas fini. Guère armé contre le béton, les galets semblent renfermés sur eux-mêmes… pour observer un sursaut, il n’y a guère plus que les ricochets. C’est ainsi : face à la mer, difficile de se marée. Restent un flux et un reflux discrets, qui soucieux s’insinuent dans les cœurs de pierre.

On devine déjà l’automne, les couleurs froides ont du roussis à se faire. Dans le parc, il ne restera bientôt plus que les épices virevoltantes, taquinant les vieux pins et leurs feux verts… et moi, neutre, avec mes feuilles blanches.

Le midi, j’ai une heure. Plus qu’une pause, une grève azure pour écrire et lire, c’est selon. Des choses à dire ici tout comme d’autres sont à consigner ailleurs, car il est des justesses qui n’ont nul besoin d’éclat. Dans le silence, je me retrouve, presque étourdi de retrouver un vieil ami. Ces précieux instants sont comme des braises sur lesquelles je souffle avec patience. Éperdu que je suis d’avoir retrouvé un foyer, sentiments et sensations se déchaînent. C’est un jeu de couleurs, couleur froide et couleur chaude, un jeu qui ne manque pas de pigment.

Pendant ce temps et même un peu avant, sans un bruit, une tendresse se dessine dans le lointain. Deux couleurs qui ne cessent de s’emmêler les pinceaux esquissent geôles et joliesses. Deux couleurs, à la fois proches et loin.

Teckhell

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