Grelot

« Joyeux, joyeux Noël
Aux mille bougies
Quand chantent vers le ciel
Les cloches de la nuit, oh !
Vive le vent, vive le vent
Vive le vent d’hiver
Qui rapporte aux vieux enfants
Leurs souvenirs d’hier… »

  • Francis Blanche

Il est décembre, quelque part dans ma vie. Les jours rallongent leurs escapades nocturnes et toussent des blancheurs, tandis que je fais l’île en ma demeure.

Laissée sur le bas-côté, non pas une mélancolie mais une tristesse : une tristesse indicible. Son inexpliqué n’en finit plus de s’embarrasser au milieu de tous ces sapins qui font le tapin à attendre que l’on rompe le pain. Ma tristesse a les boules, oui ; elle aimerait enguirlander Noël, tout du moins s’en éloigner… Il est partout cependant, et le ventre crie famille. Ces besoins et ces envies, libres de hiérarchie, ventent mon âme.

Les saisons me manquent. Nul ne pourrait dater leur disparition, pourtant les regrette-je un peu plus chaque jour. Remplacées par des cycles et des rythmes désespérément libres, cette cage sociale – que dis-je ! – cette orgie séculière me régit sans me réguler. J’y trouve mon compte, mes comptes même, mais mes contes… Ma merveille, que j’extirpe, mon vermeil, qui m’inonde, quand noierons-nous ce monde ?…

Les aiguilles défilent. Je ne sais si abandonner ma montre et ne pas racheter de calendrier ferait mon salut ; un bon jour, au moins. À la télévision, Météo Rance est en train d’établir le lendemain. Les décorations lumineuses brillent par leur superfluité ; une dernière fois, l’inventaire des vanités.

Je regrette une telle exposition. Père Noël, « souverain poncif », quel titre ma foi…

Si l’ici supplicie sans discontinuer, il a commencé en douceur quelques semaines auparavant. Mon semestre, qui suivait son cours, a fait l’objet d’une rencontre en la personne d’une professeure de médiation culturelle. Elle avait pour but – ce que nous comprîmes plus tard – d’exercer notre œil de rédacteur vis-à-vis de l’Art avec un grand A. Au contraire, je lui trouvais rapidement de grands airs et me carapaçais derechef. Elle ne se débina pas et malgré mes provocations et mon insolence facile, poursuivit son propos. Son respect et sa bienveillance ont continué de me fasciner jusqu’à l’ultime cours où, lors de la lecture d’une de mes productions, elle commenta – avec une égale fascination – « quel cynisme ». L’instant d’après, nous commentions l’idéalisme de ma vision de l’écriture avec la complicité de deux jouteurs.

Il faut savoir que je crois aux rencontres. Amicales, amoureuses, je crois profondément aux (mises en) relations. Les dialogues constituent un délice que l’on néglige trop souvent, leur préférant des actes, des expériences… mais le langage, ah ! comment une réplique, devenue secousse, bouleverse soudain…

Nos travaux nous ont donc amené à chercher la Beauté : là où on pouvait la trouver, là où nous la considérions. Aux frontières du personnel, nous étions intimés. Goûts affichés,  comme autant de sensibilités ; nous et nos nus, livrés au mot, comme croqués. Malgré l’éloquence et l’arrogance, je m’étiolais. Nous débattions de notions fortes, flirtions avec l’absolu, suppliciant mon caractère d’un jeu de miroirs.

Ces échanges avait pour but une répercussion sur nos convictions et leur fondement, notre vision et par-là même notre définition par rapport à l’Art et la Beauté. Le contenu tendait vers une approche positive, dans la polysémie que peut impliquer ce terme. La professeure nous a fait réaliser ceci, puis est repartie.

Il est décembre, et j’ai dans ma tête des couleurs chaudes. Ma chambre ressemble à une salle des faîtes, où le lyrisme rôde, spectre. Les lumières déclinent, pourtant palpitent, et le décor m’apparaît. Le concret et l’abstrait des objets, les natures et les essences… et ce drame, cet implacable drame en toute chose. La lumière y a sa place, mais elle semble se joindre à la pesanteur. Toute mon existence se désarticule.

Je brûle.

Tant de fois je me suis dit que l’incendie n’avait pas sa place en hiver ;
mais la paix, c’était naguère.

Teckhell

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