Glissement de terriens

« Tout le monde chante les louanges de la vue qu’on a du haut des montagnes, personne ne parle des vues qu’elles obstruent. »

  • Nils Kjaer

Les jours paissent dans l’herbe grasse, sans sens aucun. Je les surveille, marchant tout autour, des dattes plein la poche.

Ma sœur et moi sommes une montagne. Un agrégat d’éléments intimement mêlés, pulvérisés à même le lieu de nos vies. Nous grouillons, marmonnons, évoluons ; mais nos natures se dissocient. Elle est la terre, je suis l’eau. Désormais, nous nous aimons sans nous comprendre, d’une neige éternelle.

Je m’écoule, m’étend, change de couleur là où je sombre. Elle, elle demeure, brute et pierreuse. Le moindre de ses mouvements se fait dans la puissance, dans la lourdeur, avec pertes et tracas. Ses entrailles se déchirent, j’y continue ma course, sans pouvoir rien y faire. L’écho de mes gouttes dans les grottes, dans les cavernes, retentit et fait pleurer la roche.

Et tout se brouille.

Notre concomitance, devenue un naufrage où reposent la vie et le temps, fait gronder la montagne. Les cours grossissent, de grands arbres tombent. Le ciel, pauvre petit diable tout en azur, domine la scène.

De nos jours, seules les falaises rescapées nous permettent de prendre de la hauteur et de nous retrouver. Le vent se mêle alors à l’érosion, balaie tout et laisse des sillons à même l’océan. Dans la chute, pas de bruit ; un amour brut et malappris.

Teckhell

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