Design d’Interactions #17 – La loi de prégnance

Régulièrement, je mets en avant certains principes et thématiques en rapport avec le design d’interactions. Il se peut que cette fiche soit amenée à évoluer, au fur et à mesure de mon apprentissage et de l’évolution de ma sensibilité. 

Qu’est-ce que la loi de prégnance en Design d’Interactions (IxD) ?

Il s’agit de la tendance à interpréter les images ambiguës comme si elles étaient simples et complètes. On parle également de « loi de bonne configuration », « loi de simplicité » ou « loi de précision ».

Définition et modalités

La loi de prégnance (Prägnanz en allemand) fait partie des principes de perception de la Gestalt. Elle affirme que si l’on présente une série d’éléments ambigus (pouvant être interprétés de différentes manières), les gens vont les interpréter de la façon la plus simple : en créant des associations entre un petit nombre d’éléments, en retenant les compositions symétriques et en suivant les autres principes de perception de la Gestalt.

Les images à faible résolution (gauche) d’une formation rocheuse sur Mars ont amené beaucoup de gens à conclure qu’une vie intelligente avait existé sur cette planète. Les images à plus forte résolution obtenues quelques années plus tard (droite) suggèrent une explication plus terre-à-terre, mais l’être humain a tendance à ajouter de l’ordre et du sens aux choses qui n’existent pas en dehors de sa perception.

Par exemple, plusieurs formes dont les bords se touchent peuvent être interprétées comme étant adjacentes ou superposées. Les formes complexes sont spontanément interprétées  comme adjacentes (les pièces d’un puzzle) et les formes simples comme superposées. Cette loi s’applique également à la façon dont les images sont restituées par la mémoire. Ainsi, on se souvient de l’emplacement des pays sur les cartes comme s’ils étaient mieux alignés et plus symétriques que dans la réalité.

Tous ces groupes de caractères sont interprétés comme des visages simplifiés et non comme plusieurs caractères indépendants.
Les deux jeux de figure sont interprétés comme des formes simples qui se chevauchent plutôt que comme des éléments plus complexes : par exemple, deux « L » en sens inverse et un carré dans le premier cas, deux triangles et un polygone à cinq côtés dans le second cas.

Cette tendance à percevoir et mémoriser les images sous la forme la plus simple indique que des ressources cognitives interviennent pour effectuer un travail de traduction ou de codage, et cela suggère que plus les images sont simples dès le départ, moins il faut mobiliser de ressources cognitives. Les recherches effectuées consolident cette idée et confirment que les humains ont davantage de facilité à traiter visuellement et à mémoriser les figures simples que les figures complexes.

Les motifs de camouflage des navires de guerres étaient destinés à en faire des cibles difficiles pour les sous-marins en empêchant les interprétations simples du type de bâtiment et de son orientation. L’illustration représente le croiseur français « Gloire ».

Quelles applications en design d’interactions ?

Le designer d’interactions réduira le nombre d’éléments d’un design, en se rappelant que les compositions symétriques (d’apparence plus simples et plus stables que les asymétriques) sont également perçues comme étant moins intéressantes. Il privilégiera la symétrie lorsque l’efficacité est prioritaire et l’asymétrie lorsqu’il voudra surtout intéresser les gens. Enfin, il tiendra compte de tous les principes de perception de la Gestalt (fermeture, destin commun, relation figure-fond, continuité,  proximité, similitude et connectivité uniforme).

Si vous avez des ouvrages, des articles et des outils en rapport avec cette thématique, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires !

Rémi L.

Bibliographie :
Koffka, K. (2013). Principles of Gestalt psychology (Vol. 44). Routledge.
Lidwell, W., Holden, K., Butler, J., & Butler, J. (2011). Principes universels du design. Eyrolles.
Hatfield, G., & Epstein, W. (1985). The status of the minimum principle in the theoretical analysis of visual perception. Psychological Bulletin, 97(2), 155.

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