Design d’Interactions #07 – La juste dose d’innovation

Régulièrement, je mets en avant certains principes et thématiques en rapport avec le design d’interactions. Il se peut que cette fiche soit amenée à évoluer, au fur et à mesure de mon apprentissage et de l’évolution de ma sensibilité. 

Qu’est-ce que la « juste » dose d’innovation en Design d’Interactions (IxD) ?

Il s’agit d’une méthode permettant de déterminer l’esthétique la plus viable commercialement pour un design. On parle également de principe MAYA (Most Advanced Yet Acceptable).

La pensée MAYA

Quels sont les critères d’un design d’un design réussi ? Les uns définissent le succès en termes d’esthétique, d’autres en termes de fonctionnalité, d’autres encore en termes de commodité. Le designer industriel Raymond Loewy a défini le succès d’un design en termes de performances commerciales, autrement dit de de ventes. Il croyait que l’attrait esthétique était essentiellement un phénomène d’équilibrage entre deux variables : le caractère familier et le caractère unique (en jargon psychologique moderne, on parlerait de typicalité et de nouveauté) et que trouver l’équilibre optimal entre ces variables revenait à trouver le point sensible commercial qui assure le succès. D’après Raymond Loewy, ce point sensible pourrait être identifié à l’aide du principe de juste dose d’innovation ou MAYA, affirmant que la forme la plus progressiste d’un objet ou d’un environnement qui reste reconnaissable (familière) aura les meilleures chances de succès commercial. Loewy associait généralement le concept de progrès à celui d’épuration, mais le terme moderne d’innovation ou de nouveauté semble plus exact.

Un principe qui se vérifie ?

S’il est clair que la théorie MAYA présente un intérêt pragmatique, il reste à prouver qu’elle est correcte et une quantité croissante d’études semble l’étayer. Les gens aiment effectivement ce qui est familier, comme le montre aussi l’effet d’exposition affirmant que des expositions répétées aux objets et aux environnements augmentent leur attrait. Mais les gens aiment aussi la nouveauté, surtout au sein des communautés du design et des beaux-arts, qui ont tendance à apprécier par-dessus tout l’originalité. De plus, ils remarquent et retiennent davantage les aspects innovants que les aspects typiques, un phénomène connu sous le d’effet Von Restorff.

Les études concernant la valeur relative des deux concepts (typicalité et nouveauté) suggèrent qu’ils ont une influence égale sur les perceptions de l’attrait esthétique. Enfin, on peut se demander su le propos soutenu par le principe MAYA dans le continuum familiarité-nouveauté est l’approche idéale et, dans ce domaine, il apparaît assez clairement que Raymond Loewy a très bien cerné la question. En dehors des experts du design et de la création artistique, les gens ressentent un attrait esthétique plus fort pour les designs les plus innovants, qui restent néanmoins identifiables à des objets ou des environnements familiers.

Le fauteuil capitonné à quatre pieds traditionnel (à gauche) a servi de prototype cognitif de base pour les fauteuils de bureau pendant plus de cinquante ans. Le siège ergonomique Aeron (au centre), lancé en 1992, a agressé ce prototype cognitif chez la plupart des consommateurs qui étaient choqués par sa forme innovante et son prix élevé. Il faudra plusieurs années pour que les normes s’adaptent et permettent au modèle Aeron d’être accepté par le plus grand nombre. Le siège variable Balans (à droite) date de 1976. Sa grande originalité de forme et d’approche du travail assis est toujours perçue comme trop différente par la plupart des consommateurs. Elle ne suscite une attention positive que de la part de la communauté du design qui apprécie davantage la nouveauté. © Lidwell

Quelles applications en design d’interactions ?

Le designer d’interactions pensera au principe MAYA pour concevoir des produits commerciaux pour de larges publics. Lorsqu’il voudra lancer des produits innovants en vue de définir une nouvelle catégorie, il le fera en introduisant des éléments rappelant des éléments familières. Dans les contextes où ke design est évalué par des experts du design ou de la création artistique (concours arbitrés par des juges), le principe de la juste dose d’innovation ne s’applique pas : en ce cas, privilégier la nouveauté !

Si vous avez des ouvrages, des articles et des outils en rapport avec cette thématique, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires !

Rémi L.

Post Scriptum : Les concepts de la familiarité et de typicalité sont similaires et généralement en corrélation, mais toutefois distincts. La familiarité fait référence à l’exposition antérieure à l’objet (nous voyons tous les jours un grille-pain), tandis que la typicalité concerne le degré auquel un objet est reconnaissable dans sa catégorie (nous reconnaissons tous un nouveau modèle de grille-pain en tant que grille-pain en fonction de l’aspect des anciens modèles).

Bibliographie :
Bornstein, R. F. (1989). Exposure and affect: Overview and meta-analysis of research, 1968–1987. Psychological bulletin, 106(2), 265-289.
Hekkert, P., Snelders, D., & Wieringen, P. C. (2003). ‘Most advanced, yet acceptable’: Typicality and novelty as joint predictors of aesthetic preference in industrial design. British journal of psychology, 94(1), 111-124.
Loewy, R. (1951). Never Leave Well Enough Alone. The John Hopkins University Press.
Lidwell, W., Holden, K., Butler, J., & Butler, J. (2011). Principes universels du design. Eyrolles.

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