Archives de catégorie : Écriture littéraire

Airelle x Zaromatt – S01E32

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

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Je pense que je pourrais passer ma vie à décrire celle des autres. Au printemps, c’est plus simple, les gens sortent. Ils ne vont jamais très loin, ça m’arrange d’ailleurs. Ce matin, il n’y a que deux hommes à la terrasse du café, sans compter le serveur. Dom’ me reconnaît et m’adresse un salut discret ; il sait que
je ne trouble jamais son commerce. En effet, ça ne m’intéresse pas tant de connaître les gens que de les deviner ; cela atténue la déception. Voilà pourquoi peu avant midi, chaque jour, je prends place sur le même banc devant cet inénarrable café, avec une bouteille remplie d’eau-de-vie et des antipasti. C’est un petit village, je suis vieux, les gens trouvent ça charmant… Voyez ça comme ma manière de mourir doucement.

Aujourd’hui, ces deux hommes – la cinquantaine et la quarantaine – ne semblent pas correspondre : l’un a tout de l’avocat, tandis que l’autre porte encore son bleu de travail. Un mécano, pour sûr ; des pinces monseigneur dépassent de sa blouse. À leurs attitudes, leurs postures, ils se connaissent. Des frères, des amis peut-être ? En tout cas cela fait bien longtemps depuis leur dernière rencontre : les gestes sont retenus, presque maladroits. Le repas se déroule, la météo est mauvaise : de noirs nuages végètent au-dessus de tout ça. Deux cyclistes en tandem, par précaution, viennent s’abriter. Lors du dessert, le patron amène aux deux attablés un gâteau poignardé de bougies. La surprise est là, l’arthrite aussi : il lui faudra pas loin de cinq allumettes pour allumer la bête. Je ricane. J’accompagne la scène en suçant quelques sucreries ; j’ignore ce qu’il se passe, mais la scène m’émeut. Les hommes soufflent de concert sur l’opéra, s’étreignent ; l’un d’eux pose son regard sur le tandem, avec des envies d’ailleurs, ensemble…

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E31

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

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Voilà quelques heures que nous avons atteint l’oasis. Nous sommes déjà venus, et nous y revenons maintenant. Mais, cette fois, la luxuriance de l’endroit affecte nos sens, ajoute à la confusion de nos êtres. Comment croire à la possibilité d’un tel lieu, après l’étreinte des dunes ? Chez chaque homme, l’insoutenable baigne les yeux, alors que s’achève la mise en terre de notre père. Sur son corps encore taché d’ocres, les pelletées de sable trouvent refuge dans le pli de sa dépouille. Il part nourrir le monde, et nous l’y rejoindrons progressivement.

Le chef de la caravane vient de prendre la parole : nous reprenons la route. Déjà ? Oui, déjà. Les hommes marmonnent, scrutent les vallons orangés ; après tout, peut-être est-il plus simple de quitter ce qui n’a pu nous appartenir ? Nous n’avons jamais été maîtres de ces lieux, car nous appartenons au mouvement, superbe et intangible. Alors nous désertons, rejoignons le sillon. Les bêtes ont pu se reposer, elles tiendront jusqu’au prochain arrêt ; les hommes, eux, se recueillent dans la douceur chaude et sèche de l’erg.

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E30

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

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Ces derniers temps, les articles foisonnent autour du confinement. On nous informe, nous relaie, nous détaille, nous met en garde… Fort bien. Mais l’esprit d’Albert ne saurait se satisfaire des seules informations, alors même que son corps est entravé. Il lui faut davantage : un remède à la monotonie que les écrans n’ont que temporairement soulagé.

À force de retourner sa maison, le bonhomme finit par retomber sur de vieux cartons. À l’intérieur : des bédés, des romans… Il y en a à lui et aux enfants, qui ont bien grandi depuis. Intrigué, Albert sélectionne délicatement l’un des ouvrages ; il parcourt le titre, quelques pages. La lecture l’absorbe, il finit par trouver un petit pouf où s’asseoir. Au-delà de l’intrigue, il se souvient d’anciennes journées… de lui-même confiné, il s’envolait pour d’autres réalités, au nez et à la barbe des vacances scolaires. Il se rappelle les soirs si nombreux où, mimant une princesse ou un dragon, il émerveillait ses fils. Les souvenirs lui reviennent sans nostalgie, au contraire : il éprouve de la reconnaissance pour ces piles bigarrées, aux sensations si vives encore.

Lorsqu’Albert ramène les cartons dans son salon, il sourit. Comme une envie de merci, pour tous ces livres et leurs péripéties. Chacun recelant une seconde histoire, bien cachée, pour peu qu’on prenne la peine d’y repenser…

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E29

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Dans le monde Écorce, lorsque princes et princesses entrent dans leur quatorzième année, la tradition veut qu’ils arpentent le vaste monde. Ce voyage, propice aux découvertes et aux rencontres, est aussi l’occasion pour ces jeunes gens de frayer avec l’humilité. En effet, la noblesse du coeur devant précéder celle du rang, ces souverains en devenir n’ont droit qu’à un seul privilège avant de voyager anonymement, et un seul seulement : le choix de leur monture. Comme vous pouvez l’imaginer, on retrouve toute une ménagerie dans les annales royales ; cependant, peu de ces bêtes restèrent autant en tête que celle de la princesse Césylve.

Les jours qui précédèrent son départ furent semblables à ceux de ses prédécesseurs : les animaux affluaient de tout le royaume, cherchant à gagner ses faveurs. Les membres de la famille royale se tenait aux côtés de l’adolescente au cas où celle-ci s’enquerrait de leurs conseils. Mais Césylve savait ce qu’elle voulait, ou plutôt ce qu’elle ne voulait pas : les serviteurs avaient à peine le temps d’annoncer les montures que ces dernières se faisaient congédier ! La princesse avait l’oeil, et identifiait tout de go les potentiels défauts. L’inquiétude et le souci gagnaient ses proches, tandis que les boucs makers spéculaient joyeusement sur l’heureux élu.

Un jour, ou plutôt à la fin d’une journée, tandis que le ciel se perlait de rose, un moine entra dans la salle où trônait la princesse. Il se présenta rapidement, car il y avait peu à dire : il arrivait des montagnes, et souhaitait soumettre sa bête à la belle insoumise. Césylve, intriguée jusque dans ses babouches, dirigea son regard vers celle-ci : il s’agissait d’un yack des montagnes, à la calme puissance. Tout en cornes et en poils, il marqua cependant une certaine déférence quand la reine-mère caressa son front.

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“Votre grâce, j’ai pris soin de ce yack, et nous avons longtemps marché ensemble. Mais mon corps faiblit tandis que le sien a atteint sa pleine force. Kitori est prêt à vous accompagner dans le voyage qui s’en vient.
– La bête semble puissante et docile, mais supportera-t-elle votre propre départ ?
– Parez-vous de ce châle les premiers jours, et vous deviendrez sa prochaine maîtresse.”

Cette promesse sembla résonner chez le yack, qui plongea un peu plus son regard dans le reflet des eaux royales. Césylve resta un temps songeuse, avant d’accéder à la requête du moine. Cette décision, annonciatrice de ce qui allait devenir la geste de Dame Césylve, scella son destin avec Kitori, dont elle allait bientôt découvrir la nature véritable…

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E28

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“Nous y sommes, Salomon : la plaine Puissance !… Tu as été une admirable monture tout au long de ce périple, compte sur moi pour te rendre ta liberté lorsque notre quête sera parachevée.
– Du moment que tu me retires cette selle, moi tout me va.
– Allons, tu sais que je déteste monter à cru. Et puis que se serait-il passé si nous avions croisé le fer ?
– Pourtant je ne vois ni lame ni pétoire à ta ceinture… ni même de ceinture d’ailleurs.
– Le courage est la seule arme dont j’ai besoin pour défaire mes ennemis. N’as-tu donc écouté aucun de mes récits, tandis que nous battions la campagne ?
– J’ai cru en effet comprendre que le chevalier Balézard avait une propension à perdre sa queue en même temps que ses combats, n’en déplaise aux courtisanes.
– De si longues oreilles, pour un cerveau à ce point raccourci, quel gâchis ! Ne souhaites-tu pas que je négocie quelques lapines pour toi auprès de la princesse Chocolat, une fois que nous l’aurons délivrée ?
– Pour cela, il faudrait déjà que vous accomplissiez cette rescousse. Or, ce que je constate à chaque étape, c’est que vous flirtez essentiellement avec l’été et son soleil.
– C’est que je me dois d’être chaud bouillant : la première impression, c’est important.
– Vous semblez viser la conquête avant la rescousse, gare ! En tout cas, ne comptez pas sur moi pour la ramener jusqu’au château, je commence à en avoir plein les pattes.
– Nous amadouerons votre appétit le moment venu, voilà tout.
– Je vous le dis tout de go, vous porterez cette maroufle sur votre propre dos.
– À coeur vaillant rien d’impossible, cher compère ! Reprenons la route, que je puisse plonger mon regard dans ses doux yeux noisette…”

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E27

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Lorsque les transports péchaient, nous prenions le pissenlit. II nous suffisait, pour arriver à destination, d’un peu de vent et quelques poésies. Se diriger n’était pas si compliqué : nous bourrions nos sacs à lanières de petites graines, et jouions du contrepoids.

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J’aimais ces moments, ils m’aidaient à prendre de la hauteur. Le temps de quelques aigrettes, mes compères et moi nous contions quelques salades. Ces répliques n’avaient pour autre saveur que celle d’entretenir une discussion rieuse, et elles fonctionnaient à merveille.

J’ignore quand nous avons cessé de voyager. Les pissenlits d’aujourd’hui sont plus courts, moins solides ; nous ne tiendrions plus dessus.

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E26

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J’espère que le Soleil s’échauffe avant de débuter sa course, et qu’il prend bien ses astéroïdes. C’est qu’il a tant de choses à révéler, pour si peu de temps ! Heureusement, il a toujours été clair avec nous : les jours où il s’investit peu, aux nuages de faire illusion. Mais ne vous y trompez pas : il fait partie du système depuis belle lurette, et sa paresse ne s’avère qu’apparente. C’est un performeur, un danseur étoile qui s’applique à poursuivre son orbite, craignant de se voir un jour éclipsé. Il faut dire que l’astre possède un caractère nébuleux, oscillant entre la gravité de ses obligations et une âme de révolutionnaire. Souvent nous avons craint qu’il ne commette l’irréparable, notamment lors de sa phase Marvel où, stellaire de rien, il se découvrit une vocation de supernova ! Comme quoi, on peut être soleil et rester dans la lune…

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Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E25

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Nombreux sont ceux qui estiment le bon bol d’air frais ; moi-même il m’arrive d’en consommer. Dans un monde où la pollution grignote chaque jour un peu plus de terrain, sa dégustation prend une tout autre saveur. Mais je parle en urbain, méconnaissant la situation de milliards de mes contemporains. Il est forcément des palais, construits avec un goût distinct, connaissant leur propre épanouissement dans d’autres environnements. Une perspective qui mettrait presque mon imaginaire en appétit ! À quoi pourrait bien ressembler ces gens ? À nous, pardi ! Et que feraient-ils de leur récipient, si la symbiose avait tenu ? Je suppose qu’il leur serait utile pour bien des périls, pour lesquels nous ne pouvons qu’hypothétiser… M. Dahl et son nom allusif avaient su en leur temps proposer des pistes intéressantes ; nous pourrions spéculer sur des déclinaisons disons plus… fruitées ?

Voyez la scène : une humaine, de l’ordre du chasseur cueilleur, qui fait un bond civilisationnel en inventant le pneu-balançoire, le noeud coulant ET le bocal. Ayant de facto conquis les airs, elle peut alors survoler les coulis de fraise qui strient la plaine ; les crocholestérols pris au dépourvu, la jeune femme recueille sans peine de quoi tenir un goûter ou deux, avant de regagner la berge. Ah, quelle astuce, quelle vie ce seraient ! Puissent ces lieux et ces aventures exister, indépendamment de notre triste fonctionnement.

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E24

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“C’EST DU LARD OU DU COCHON ? NOPE, C’EST PIGGY BOATS© !”

PIGGY BOATS©, C’EST L’ASSURANCE D’UNE TRAVERSÉE PAS COMME LES AUTRES,
AVEC UN PERSONNEL AUX PETITS OIGNONS…

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DÈS VOTRE ARRIVÉE, BENEDICT CHEDDAR VOUS PRENDRA EN CHARGE. HÔTESSE ENTRE CORUSCANT ET L’ATLANTIDE DEPUIS DE NOMBREUSES ANNÉES, ELLE SAURA SATISFAIRE VOS BESOINS TOUT AU LONG DU VOYAGE.

CE SERA AUSSI L’OCCASION DE PASSER VOTRE BREVET DE PÉTANQUE AVEC STEPHEN EGGS, NOTRE MAÎTRE-NAGEUR SAUVETEUR ET – FAUT-IL LE RAPPELER ? – INVENTEUR DU NÉNUPHAR.

ENFIN, SI SA LIBIDO EST DISPONIBLE, VOUS DÎNEREZ AVEC LE CAPITAINE SOMERSET BACON. UNE RENCONTRE INOUBLIABLE ! ANCIEN COCHON TRUFFIER, IL VOUS AIDERA À TROUVER LA PAIX INTÉRIEURE AINSI QUE DE QUOI PAYER L’ADDITION.

Piggy Boats© est garantie sans grippe porcine et respecte la liberté de culte.
Rames non incluses.


Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E23

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Un monde sans nous, ben mine de rien,
Ça fait quand même sacrément du bien.

À vrai dire nous n’y pensions plus
Déconcentrés, dans le présent complus,
Ah ! La réalité sans valeur autre
Qu’une existence flattée qui se vautre…

Mais aujourd’hui, place à notre ironie !
Au menu : clapiers et… macaronis !
Étrange société qui tient bon
À la seule force de ses rebonds.

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En parallèle, la vie se poursuit,
N’a que faire du feu ni de la suie,
Loin de tous ces concepts et ces enjeux
Chers à l’Homme et son drôle de franc-jeu.

Pauvre urgence, qui a tant attendu,
Quitte à passer… pour un malentendu,
Méfions-nous de ce ton si moqueur
Avant de succomber aux haut-le-coeur.


Airelle x Zaromatt