Archives de catégorie : Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E19

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

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La grand-mère prend son temps, elle arrive progressivement. La canne a beau désarticuler son allure, la mécanique fonctionne encore. Cette marche l’apaise, elle s’oublie dans ce mouvement qui ne pourrait connaître aucune fin. Mais des gens l’aiguillent, jusqu’à ce qu’elle s’arrête, dans un désuet désappointement.

Face à elle, des gens, des quidams, des visages pourtant si prévenants ; il lui semble reconnaître l’une de ses enfants, mais pour le reste… Qu’importe, on ne la laisse pas douter : on l’emmène, l’interpelle, alors qu’elle n’écoute plus et entend à peine. Entre deux bontés ouatées, une assiette lui est proposée, qu’elle dédaigne poliment. Elle ne veut pas jouer les ingrates, alors elle décide de monologuer. Elle évoque un ou deux souvenirs, surprenant sa mémoire ; quelques anecdotes de plus se greffent à l’ensemble. À force, elle reconstitue son être et forme, quelques minutes durant, un archipel.

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Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E18

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Jour sans écrit, qui n’eût le temps de rédiger ses mémoires,
Existes-tu encore, dans un quelconque corridor ?
Qui confirmera tes actions, tes dires ?

Pareil à une ancre sans bateau,
Les rives noires, à chaque ressac,
Se troublent un peu plus d’écume.

Tu rejoins sans un mot les autres journées qui, entretemps, embrassent l’oubli. Heureuses comme malheureuses, nulle évocation ne les attend, si ce n’est l’anonyme mélancolie.


Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E17

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“L’erreur est humaine.”

Perdue dans ses pensées, la baleine Aline bulle. Elle décrit de lents va-et-vient, comme si elle sentait approcher la fin.

Elle suppose – et à raison – que ce n’était qu’une question de temps avant que le plastique ne devienne son contenant. Son corps meurtri évolue à présent dans une eau qui elle aussi pleure son océan. Toutes deux auraient bien besoin de vider leur sac.

Aline toutefois n’a pas peur d’être moins là, car c’est déjà un peu le cas. Alors elle se laisse bercer par le courant que ses nageoires ont initié, pense de moins en moins, jusqu’à ce que c’en soit fini du cétacé.


Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E16

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Bonjour, je m’présente : Agathe, fine feuille de papier dans un monde qui m’chiffonne. Ma mère, fille d’annuaire, mariée depuis 37 ans à un agenda, ne cesse de me présenter de bons partis qui prendraient “soin” de moi… Et qu’est-ce que ça me prend l’en-têêêêête ! Oh, on en a vu défiler du monde : des pochettes plastiques, des cadres… une fois, j’ai carrément éconduit un classeur ! il faut dire que ce malade s’était pointé avec une trouilloteuse pour me courtiser. Mais je vous rassure, j’ai eu mes propres aventures : il y eu quelques trombones – le genre qui collectionnent les conquêtes, donc ça a rapidement été “niet” – ainsi qu’une imprimante décidée à c’que j’me plie à ses quatre volontés… et puis quoi encore ?!

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En fait, vous vous en doutez, j’ai déjà quelqu’un en vue : il s’agit de Manu, le papier alu’. D’accord, il est souvent déchiré, oké il vit dans un micro-onde, mais on est tous les deux au bout du rouleau et ça ça compte ! J’ai tellement hâte qu’il demande officiellement mon coin à mes parents, que je me barre de cette papeterie et que Manu et moi on ait plein de petits posts-its anticonformistes… Rien que d’en parler, j’en ai le bas-de-page qui frémit. Mais je parle, je parle, et j’en oublie mon taf de faire-part. Allez, à plus tard !


Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E15

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Comme chaque matin, Gauthier prend place dans son atelier et s’asseoit après quelques boitements. Quelques-uns de ses oiseaux l’y ont précédé, piaffant inutilement leur impatience : en effet, Gauthier est aussi sourd que les pots qu’il fabrique. Cela a toujours été ainsi, et il a fini par prendre le pli. Bien sûr, ce n’est pas tous les jours facile, mais le vieil homme n’a jamais connu que sa propre mélodie. Alors il prend soin de ses autres sens : il lit souvent, jardine un peu et mange beaucoup. Mais ce que Gauthier préfère par-dessus tout, c’est son métier. Avec la sieste, c’est le seul moment où il s’autorise à fermer les yeux, pour laisser ses mains seules avec l’argile.

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Posée sur la tournette, la matière reconnaît l’homme : cela fait des années qu’ils se modèlent l’un l’autre. Le potier l’hydrate et la caresse, avec ses doux gestes. Il veut lui donner une silhouette, une contenance… Ce vase sera pour sa petite-fille, qui s’inquiète si souvent quand ils se voient ; ainsi pourra-t-elle y déposer ses soucis ou d’autres fleurs.

Les “cui-cui” restent cois, et l’on n’entend que Gauthier dans l’atelier. Il leur fait l’effet d’un colosse… un colosse au pied d’argile.


Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E14

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En ce soleil d’hiver, Farid n’a toujours pas de sultanat. Il ne dispose que de rares cartes aux illustres figures. C’est bien peu pour bâtir un château, seule l’esquisse de quelques tours et remparts lui est ainsi permise. Le timide édifice, encore en construction, a pour domaine la surface du banc sur laquelle prend appui le suzerain.

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Avec patience, Farid dévoile son jeu et ses atouts. Il peut notamment se réjouir d’avoir déjà trouvé son champion, celui qui le représentera et le protégera dans ce drôle de monde : Zef, dit “le bâtard”. Majestueuse de paresse, la bête menace par ses bâillements quiconque menacerait la tranquillité de leur fief. Hélas, le vent ne l’entend pas de cette oreille… d’un sifflotis il s’empare du bastion, laissant Farid se tourner, non sans mélancolie, vers d’autres occupations.


Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E13

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Macaroni est fort et courageux, c’est un chaton comme pas deux. Déjà, il a été recueilli et élevé par des écureuils. Histoire d’éviter les dramas, ils le font carburer depuis tout bébé aux noisettes et aux baies. Du coup, maintenant que le p’tit l’est moins p’tit, vas-y que j’tiens tête aux renardeaux, vas-y que j’te répare les ailes des mésanges… Bref le chaton, l’écureuillon, y fait de son mieux, et en soi on lui reproche rien, mais des fois… ben le pépère il galère. À croire qu’y a pas la lumière à tous les branchages ! paraîtrait qui s’rait accro à la mâche… et pis quoi encore ? on sait tous que c’est des salades, y a un truc plus profond. Tenez, prenez son chez-soi en bûches : ça oscille entre le nid, la hutte et la ruine, soit disant pour des raisons “d’aération”. La belle affaire ! Vous auriez vu les castors, ils étaient a-tté-rés ! même qu’ils lui ont proposé de lui refaire toute la charpente et la déco. Mais, le Macaroni, l’a décliné poliment parce qu’il avait commencé à planter des arbustes dans son jardin et qui voulait pô qu’tous ces travaux déracinent ses efforts. Pour nous aut’ les gens de la forêt, la sylviculture c’est un peu abstrait, alors on lui a d’mandé c’qu’il voulait faire pousser ?

“‘Carpinus betulus’ : du charme commun, pour que vous m’aimiez bien.”

Depuis, plus personne fait de remarques à Macaroni. Personne en a plus rien à fichtre de ce qu’il a dans la tête, le petit, puisque tout le monde sait désormais qu’il a une grosse framboise à la place du coeur.


Airelle x Zaromatt



Airelle x Zaromatt – S01E12

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Amorçant cette décennie deux mille vingt
Minuit et les coupes de champagne qui tintent,
Accompagnant de brefs entrechocs cristallins
l’oubli immédiat d’une autre année éteinte.

Advient alors un éternuement de souhaits
Ces vœux aux formules trop souvent galvaudées,
Où l’espoir fait hélas office de jouet
Que la réalité va bien vite échauder.

Naïf, le rite garde une part de superbe
Tant ils sont rares ces moments d’expression
Alors ne nous concentrons pas sur le seul verbe
Cela semble une bonne résolution.


Airelle x Zaromatt



Airelle x Zaromatt – S01E11

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Quand le monde m’exaspère, le petit bonhomme passe au vert et je rêve que j’ai une sapinière. Car, des branches aux ramilles, le sapin est un arbre qui fleure bon le tranquille. Comme si les soucis nous abandonnaient, sitôt franchie l’orée de la forêt ; comme si une écorce nouvelle nous ceignait, au détour d’une croisée… Là-bas, il n’est de son plus doux que l’appel au voyage, de bruit plus moelleux qu’un pas sur la mousse. J’y deviens ce que je ressens, enfin éphémère et pour toujours différent. Quelquefois même quelque chose éclot et subsiste au-delà de la rêverie, à l’instar de ces petits cailloux qui, au cours des promenades, glissent sans jamais disparaître.

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E10

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Isidore est un poltron. C’est peut-être pour ça qu’il apprécie tant les pigeons : eux aussi sursautent, s’envolent même, à la moindre occasion. Mais la peur n’est pas une fin en soi, et le petit garçon estime qu’il faut se serrer les coudes ici-bas ; voilà pourquoi chaque matin il grimpe jusqu’au toit retrouver les volatiles. Il voudrait se rendre utile, mais l’accueil est farouche : pas touche ! Isidore ne se démonte pas, il dispose un peu de graines dans un bol, vérifie l’état des nids. Il a remonté la semaine passée quelques branches et de la paille, et cela a payé : d’inédits pigeonneaux pépient, impatients et engourdis. Autant de nouveaux amis, dont Isidore partage déjà un peu la vie. Il ne peut le faire avec le monde, pour des raisons qu’il ne s’explique pas encore. Alors il les regarde, s’attarde sur chacun d’eux, dans le plus grand des calmes. Les minutes passent, puis les heures. Ce sont les vacances d’hiver, ce n’est pas comme s’il y avait grand-chose à faire… Isidore finit par somnoler, il s’oublie, petit à petit. Quand il revient à lui, la volaille s’est rapprochée : on l’entoure et on le veille, certains ont même partagé son sommeil.

L’enfant ne sait que dire, que faire, tandis que trois piafs patrouillent à l’envi sur ses bras. Même avec sa doudoune, son bonnet et son écharpe, il sent leur confiance duveteuse. S’enhardissant, Isidore se relève avec douceur, sous le regard attentif des pigeons : eux aussi n’ont plus peur. Ébahi, face au vent, le jeune épouvantail éprouve de drôles de sentiment… est-ce donc cela, l’accomplissement ?


Airelle x Zaromatt