Archives de catégorie : Écriture littéraire

Airelle x Zaromatt – S02E04

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

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Cette nuit, la mer largue les amarres… elle prend de la vitesse et s’élance, claque, rebondit contre chaque obstacle ! Par endroits, elle semble se battre contre elle-même, écume aux lèvres. Son fidèle compagnon le vent est lui aussi de sortie ; lui suggère-t-il la paix, le tonnerre ?

Il n’est pas sans savoir qu’à la dernière lune, une étoile a éconduit la petite étendue d’eau… Soit disant qu’elle n’était pas très chaude pour une relation à distance et que, de toute façon, elle était déjà maquée à une constellation. Que voulez-vous, il est des refus qui font plus mal que d’autres, et celui-ci faisait partie de ceux-là. Dès lors et depuis quelques nuits, ce qui ne semblait pas la mer à boire devient toute une histoire. Qu’entend-elle résoudre, cette colère bien vague ? Le ciel est toujours bien en vue, malgré les trombes d’eau déferlant vers le haut. Le jaune des astres se reflète ; seules les lueurs de l’aube l’évanouiront. Il est en effet certains cycles qui ne cessent, pendant que l’amer tourne en rond.

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S02E03

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

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Petit jogging en solitaire. Quelques coquelicots sur le chemin, des jarres cassées. Le sentiment d’être libre, alors que la ville entière semble irisée. Une bruine persistante applaudit chacun de mes pas. J’imagine mes joues, entre le rose et le rouge, que révèle désormais une barbe ratiboisée. Mes poils poussaient n’importe comment, cela étoilait mon visage… j’ai préféré couper court à ce visage en friche, le temps d’une fuite en avant

Ne nous reste plus qu’à espérer que deux-trois idées auront traversé le saoulard, histoire qu’il sorte du bois avec un minimum de casse. Si le Didier n’a que rarement brillé par son intelligence, l’on n’est jamais à l’abri d’un éclair de génie.

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S02E02

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

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Malgré le vacarme, l’araignée n’a attrapé qu’une poignée de gouttelettes cette nuit. En lieu et place des vibrations, ne demeure qu’une eau à demi entoilée non loin des rosiers. Sur quelques épines en miroir, la rosée s’attarde et dispense ses histoires.

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S02E01

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

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Vêtu de diodes et d’alcools, Didier perd le fil des évènements. Il ne reviendra à lui que quelques minutes plus tard, au beau milieu d’un bois dont le noir complet ne fait pas un pli. Silhouette hésitant entre le faune et le festivalier, le préadolescent se meut avec douceur pour rapidement se cogner dans un objet volumineux qu’il parcourt avec biture… jusqu’à l’allumer. L’ampoule ravive subitement les environs, au grand dam des locaux et de Didier – le dernier au courant de ses capacités. Le cerveau – notamment – bourré de questions, le zozo tarde à réagir ; il songe à Gulliver et Prométhée, aux nuits qui tombent trop vite ainsi qu’à toutes ces piles usagées qu’il a chez lui. Il fixe incrédule le filament de longues minutes, le temps pour la météo de virer à l’orage…

Ne nous reste plus qu’à espérer que deux-trois idées auront traversé le saoulard, histoire qu’il sorte du bois avec un minimum de casse. Si le Didier n’a que rarement brillé par son intelligence, l’on n’est jamais à l’abri d’un éclair de génie.

Airelle x Zaromatt

Annecy You Again

28.08.2020 – Retrouvailles que vaille

Vendredi matin. C’est en vainqueur que j’embarque dans mon petit bout de TGV, les reflets de la pluie pour seuls éclats. Ce WE de trois jours est inespéré au vu du contexte et de nos trains-trains respectifs. La pandémie s’ajoutant à la hotte de l’âge adulte, voilà qui augurait une donne kaput ! Mais des âmes audacieuses (Thomas, Arnaud, Nina) parsèment notre effectif, et contre toute attente une alternative fit fi des tyranniques logistiques de chacun. Certes nous ne partions plus une semaine, mais nous nous retrouvions quand même. La destination prenait presque des airs de refuge, à considérer nos moyens de locomotion (un bus, deux trains et deux voitures) ; la chose prenait même une envergure internationale avec un Nono nous arrivant d’Allemagne. Il fut d’ailleurs le premier d’entre nous à atteindre la ville de bon matin, attestant au passage de la morne météo qui nous était promise depuis déjà plusieurs jours. Quitte à attendre quelques heures le second de cordée, le bon docteur se lança à l’assaut de la ville ; les photographies qu’ils semaient en chemin sur Messenger donnait le ton – voire la couleur – dans un bleu blanc gris auquel la Provence ne nous avait guère habitué.

À peine arrivé, un ascenseur émotionnel : Nina ne sera pas des nôtres, accablée de fatigue et de doutes dans cette période pandémique. Son concours déterminant à ce séjour ne restera pas vain, aussi nous recentrons-nous après lui avoir souhaité un prompt rétablissement : il y a des courses à faire ! Deux jeux de société s’ajoutent à la besace, avant de s’atteler à quelques achats d’appoint. Enfin, histoire d’attendre les zozos, Arnaud et moi prenons un pichet de Nonne à une brasserie non loin des AirBnB. La ville quoique sous les flaques offre par ailleurs un premier aperçu charmant, avec son centre historique plutôt préservé et ses drôles de canaux.

Revenu à l’appartement, c’est patiemment que nous attendrons un à un les compagnons de voyage : Claire, Sarah, Olivier, Juliette, Edouard, JC et Thomas. La fatigue du voyage est là mais une certaine tchatche aussi, et c’est joyeusement que les heures s’écoulent passé minuit. Ressasser le passé, commenter le présent, évoquer l’avenir, histoire de coexister à nouveau le temps de quelques mots.

Au moment de se coucher, demain est déjà dans le coin – et les intempéries aussi. L’incertitude règne quant à l’articulation de cette journée pivot. Le harassement l’emporte toutefois : attendons d’être remis sur pieds pour décider comment se dégourdir les pattes !

29.08.2020 – Gras des villes, gras des champs

Le samedi matin est principalement dédié à l’engloutissement du petit déjeuner et à diverses spéculations météorologiques : louer ou ne pas louer ces fameux vélos autour de ce fameux lac ? L’alerte orages et notre incapacité à nous projeter comme paratonnerres ont raison de nos velléités : marchons, mes bons ! Muni d’une carte de la ville, la troupe repue se met mollement en route ; déboutée à l’entrée du musée, elle traverse le centre-ville jusqu’à atteindre l’un des ports de plaisance. L’eau lacustre dévoile alors toute sa transparence face à nos regards vitreux. Sous la pluie, les discussions vont bon train et ne se soucient guère du paysage : le décor semble en effet absorbé par le brouillard et la bruine. En guise de fond sonore, nul chant d’oiseau ou même de quelconque sirène en villégiature ; simplement l’averse et son crépitement par à-coups sur les flots. Nos masques esquissent eux aussi quelques remous, laissant à nos voix et aux hauts du visage la lourde charge de l’expressivité. Un spectacle qui ne fera pas long feu face à la pluie puisque nous succombons rapidement à nos appétits – décidément bien en forme ! Or donc, à peine le temps de prendre le large que nous échouons dans une brasserie ; sous ses atours et sa carte impersonnels, celle-ci semble tout à fait disposée à suspendre momentanément notre mascarade. Au terme des échanges, des mastications, puis de quelques courses alimentaires (!), une partie d’entre nous décide de s’incliner face au climat maussade et de poursuivre la digestion au camp de base pendant que les plus intrépides sillonneront les échoppes alentours. On trouve dans celle-ci un agglomérat de marchandises plus ou moins inspirées, la charcuterie le fromage et l’alcool trustant les rayons : crème de cassis, saucisson, tome de beaufort, genépi… c’est pourtant du non alimentaire – en l’occurrence un opinel – qui constituera le seul achat de l’après-midi, avant que le groupe ne se reforme dans l’appartement. Le jeu de société « Tu te mets combien ? » (TTMC) vient tout juste d’être inauguré, aussi répartit-on les retardataires dans l’une des trois équipes. Dans le plus grand des calmes, c’est aussi au tour des biscuits apéro’ de faire les frais de l’appétit insatiable de l’effectif. Reposant sur des mécaniques de quiz, TTMC rudoie notre culture générale : Juliette et consorts butent sur une fedilla, tandis que l’équipe de Claire sont mis à mal par un calembour mexicain – (« le pont de Cho ») ; dans un joyeux bordel, tout un chacun en vient à critiquer la stupidité tout en doutant de sa propre intelligence… Diantre. Seule issue à cette paranoïa intellectuelle ? la confection d’une tartiflette, anachronisme aoûtien dont la fulgurance n’a décidément d’égal que la roue-libre diététique de ce WE. Thomas se charge de l’habillage sonore de cette nouvelle étape de la soirée – le temps semble lui aussi bien dilaté – avec une programmation initialement discrète puis graduellement outrecuidante quand il s’agira de troller OKLM. C’est que la discussion est aux films, séries, concerts, artistes et autres albums : vous et moi savons que les choses dérapent facilement en de telles occasions. Ce samedi 29 août ne dérogeant pas à la règle, il connaît donc son lot de différends irréconciliables, avec une thématique 90-2000, pour le plus grand bonheur de Spotify et de l’enceinte Bluetooth. Quelques corps se chaloupent au fil des morceaux, mais la fatigue et la timidité prévalent : progressivement, les convives se retirent pour laisser place aux seules émanations du dîner passé, consommé – et relâché. 

30.08.2020 – Diaspora, par amour du goût

Le dimanche matin n’est pas marqué du sceau de la tranquillité : outre les pluies nocturnes, c’est dans la plus grande décontraction que les acteurs du marché ont choisi de déballer leurs affaires d’une voix forte et claire… Erf. C’est donc piteusement que nous nous levons, le temps d’expédier les affaires courantes (vaisselle, ménage, affichage des préférences radiophoniques) afin de laisser dans un état raisonnable et dans le respect des délais ce refuge qui déjà nous échappe. Pari tenu, merci-au-revoir, nous nous retrouvons maintenant à gravir la rampe d’accès jusqu’au Musée-Château, résidence des comtes de Genève et de la maison de Savoie ! Si le tarif (3 euros plein tarif) nous déconcerte, nous comprenons rapidement la nature du guet-apens : le lieu est pauvre en contenu, et ce qui est exposé semble d’une fadeur à pleurer… Affichant un stoïcisme implacable face aux périssoires et autres montes, nous esquissons malgré tout un sourire lorsque nous retrouvons certains termes du jeu de la veille dont nous nous sommes pris d’affection – l’herminette et la serfouette pour ne pas les nommer. Un revival nineties embaume les salles d’exposition, alors que nous atteignons un étage consacré à la faune empaillée. Entre deux hérons, Olivier et Thomas changent leur fusil d’épaule et guette les pépées locales. Dieu merci, nous achevons la visite de cette aile et marquons une pause au niveau des remparts du Musée-Château. Ces extérieurs ont pour eux d’offrir un chouette panorama sur les toits de la ville, donnant au tout des airs de mosaïque. Par la suite, ni la boutique ni la salle des découvertes archéologiques ne satisferont l’équipée… il faut dire que le bilan semble maigre, et qu’une tuile – même du IVème siècle – reste une tuile. Défaits et à court d’idées, nous nous mettons en chasse d’un ultime lieu où faire bombance. Avec le souci du terroir qui est le nôtre, nous échouons donc dans une crêperie bretonne… Quelques bouteilles de cidre, un peu de grêle pour que fraîchisse le déjeuner, et nous voilà pour la dernière fois attablés ici à Annecy. Une ville fugace, dont Claire et Juliette se souviendront notamment de par sa compatibilité manifeste aux paiements par tickets-restos. Une ville qui nous a permis d’oublier quelques heures beaucoup de choses des mois passés, et sûrement deux-trois trucs de ceux à venir.

L’après-midi tourne court, car je suis le premier à partir en train. Deux équipages (voiture) suivent rapidement… Reste Nono, imperturbable usager du FlixBus. Le groupe n’est plus, mais les échanges se poursuivent : on songe à l’après, aux prochaines vacances, au soulagement qu’a été le moment présent… Une opinion à laquelle je ne peux que me ranger : aussi laborieux fut ce cru 2020, le désir d’ensemble aura prévalu.

Alors, Tu Te Mets Combien… en Annecy ? Pas beaucoup, et tellement pourtant.

Merci les amis, et à l’année prochaine pour un nouveau récit.

Rémi

Airelle x Zaromatt – S01E40

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

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C’est l’été à Nantes, et un petit vent – venant aux nouvelles – s’immisce par la lucarne. Corona oblige, on repassera pour la bise… Essoufflé mais curieux, l’alizé se retrouve rapidement à frôler les animaux, frayer le mobilier. Entre brousses et roseaux, le bois quoique poli ne pipe mot. Alors le vent, loin de tempêter, s’interroge derechef : que nous est-il arrivé ? Après tous ces mois chacun chez soi, qu’est-ce donc que ce lieu-là ? Ma foi, il ne semble pas au courant… Nous lui murmurons alors un court récit : une histoire qui s’avère abîmée, pleine de détours, et où il n’est pas aisé de s’y retrouver. Quelques trésors ponctuent les péripéties ; des périls, aussi. Chaque saison n’a eu de cesse d’observer un nouveau mouvement, jusqu’à ce que joue la mélodie actuelle : les corps et la tendresse, cette fois au quotidien.

C’est l’été à Nantes, et il fait bon vivre. Airelle et Zaromatt, si souvent à part, s’appartiennent enfin.

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E39

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

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Que ce soit par terre ou dans la vie, Hakim est le genre de gars qui rebondit. Cela lui est venu tout petit – il a connu une éducation assez souple – et depuis il ricoche… Personne ne se l’explique ; de toute manière, face à ce genre de situations, mieux vaut prendre de la hauteur.

Dans le sillage de ce garçon, on retrouve souvent chaussures et chaussettes, à tel point que ses proches systématiquement étiquettent. Hakim a connu un paquet de situations à la con, et plus encore de complications ; il n’a cependant jamais eu honte de ce qu’il est, s’excusant seulement pour les imbroglios et remboursant les irrémédiables patatras. Mais il vient des moments où la fatigue prend le pas sur l’aventure, et alors nos forces ne suffisent plus… Mais je vous l’ai dit : ce p’tit gars sait prendre la balle au bond ! C’est au cours d’une visite dans un refuge pour animaux qu’il est – métaphoriquement – tombé sur Dalida. Pas vraiment chanteuse et plutôt en recherche d’opportunités, la chienne a fait montre d’un bel enthousiasme en rencontrant Hakim : mieux, elle s’est mis à bondir ! bondir ! et rebondir ! le tout, à une hauteur similaire ! Ni une, ni deux, notre petit gars adopta la joyeuse bête pour, ensemble, s’enfuir à toutes jambes…

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E38

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“Aujourd’hui, le pré m’a fait une fleur.
– Tout ça pour finir sur la paille.
– Hin hin, très spirituel… N’empêche qu’avec ce nouveau couvre-chef, je serai la plus apprêtée de tout l’étang !
– Attends de voir les grenouilles et leurs nénuphars, tu vas vite déchanter.. M’enfin, si tu pouvais nous éviter un nouveau canard, ça m’arrangerait : non pas que je sois fan des prises de bec, mais j’aime bien avoir quelqu’un en face quand je fais mine de l’ignorer.
– T’es vraiment un chat perché.
– Et de surcroît suspicieux: quelque chose me dit que tu as d’ors et déjà quelqu’un en tête…
– Tu vois des signes partout.
– J’avais plutôt un autre palmipède en tête… Jean-Michel Jars ?
– Canaille !
– À mes heures perdues. Pourquoi lui ?
– Il a une belle plume.
– Forcément. Ben, eh bien va falloir songer à se trouver un autre duvet…”

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E37

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Des fois, je me dis qu’avec nos peaux constellées de grains de beauté, nous nous rapprochons d’une boîte de cookies. À chacun sa forme et sa saveur, sa teinte et son épaisseur… et même si nous nous suffisons en soi, c’est toujours meilleur quand on se retrouve à plusieurs.

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – S01E36

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“Fait chier.”

La créature magique, surprise par les giboulées, est à l’arrêt. La lourdeur des gouttes affectant son vol, c’est dépité qu’elle et ses ailes rouspètent sous un abri de fortune. Le ruissellement mitraille et crépite le béton jusqu’à l’engloutir – toutes proportions gardées. Nous sommes bien loin de toute forêt. Assise sur un débris, Bénaflette se couvre d’un pissenlit qui poussait dans le coin ; l’ensemble, ma foi, oscille désormais entre le canotier et le chapeau mexicain. Elle grelotte, maudit ses pieds nus et songe à se payer un drone. Si seulement elle avait de quoi… la féérie n’a en effet plus vraiment la cote, et ni ce secteur ni ses acteurs ne s’y étaient préparés. Du coup, c’est chacun pour sa pomme, et Bénaflette goûte l’amertume des rêves laissés sur le bas-côté. Heureusement, certains copains s’en tirent mieux : des dragons qui font dans le transport en commun, des elfes qui bossent dans des parcs naturels… Remarque, c’est toujours mieux que son copain nain qui s’est barré pour aller prouver l’existence de la Terre creuse. Mais le sourire esquissé ne dure pas, car Bénaflette repense aux dires de sa conseillère Pôle Emploi, qui la taxait de “minuscule” et de ”cauchemar pour les assurances”. Elle est fatiguée… fatiguée qu’on lui propose systématiquement de bosser comme escort-girl ou dans les forces spéciales. Qu’on lui refuse désormais de s’approcher des enfants sous peine d’être fichée. Que des cons lui tombent dessus avec des tapettes à mouche et un sourire hilare. Comme une impression de vivre un conte défait, alors qu’elle envisageait autre chose.

Les giboulées cessent peu à peu, et la lumière a tôt fait de percer les nuages grognons. Un arc-en-ciel se déploie, faisant fi de toute l’actualité ici-bas. La fée relève prudemment les yeux, et face au spectacle ricane de ses chicanes. Le temps d’ébrouer ses ailes, la voilà qui s’envole vers un futur fort fort lointain.Les giboulées cessent peu à peu, et la lumière a tôt fait de percer les nuages grognons. Un arc-en-ciel se dé- ploie, faisant de toute l’actualité ici-bas. La fée relève prudemment les yeux, et face au spectacle ricane de ses chicanes. Le temps d’ébrouer ses ailes, la voilà qui s’envole vers un futur fort fort lointain.

Airelle x Zaromatt