Archives de catégorie : Expression Express

Expression Express #07 – « courir sur le haricot »

La première forme (avec le fameux système), apparue vers le début de la seconde moitié du XIXe siècle, est communément admise comme étant une ellipse de courir / taper sur le système nerveux, image où on considère celui qui excite le système nerveux d’un autre ou qui lui « tape sur les nerfs », l’importune, voire l’exaspère.

Par contre, cette seconde forme supplément légumineuses est beaucoup plus discutée par les lexicographes… au point qu’on n’en connaît pas vraiment l’origine. Déjà, sa date d’apparition n’est pas très précise puisque certains la situent à la fin du XIXe alors que d’autres la placent au début du XXe.

Ensuite, ce « haricot » est pour le moins étrange. Il faut bien entendu oublier le légume (même si, dans un conte populaire anglais, Jack grimpe et court le long d’un haricot géant) et se pencher vers les significations argotiques du mot. Et là, on trouve pêle-mêle :

  • l’orteil (on peut penser à « casser les pieds », mais pourquoi un singulier ?),
  • la tête (à rapprocher de « courir sur le ciboulot »),
  • le pénis (on se rappellera cette fois « peler le jonc »)
  • les testicules (mais, encore une fois, pourquoi utiliser le singulier dans l’expression ?).

Est-ce l’une de ces acceptions qui a influencé la naissance de l’expression ? Nul ne semble le savoir… Du coup on n’éliminer29a pas la possible influence du verbe « haricoter » qui, au cours de la première moitié du XIXe siècle, signifiait « importuner » en argot.

Le mystère n’étant pas levé, si la présence de « taper » peut se comprendre quand il est question d’énervement, il reste quand même à justifier la présence de « courir » dans des locutions ayant cette signification.

Elle nous vient probablement du XVIe siècle où courir quelqu’un signifiait déjà « l’importuner », peut-être parce que le mot avait aussi le sens de « fréquenter assidûment » et que celui qui court ainsi quelqu’un avec trop d’empressement, sans modération, peut fortement l’agacer.

En espérant avoir fait quelques lumières sur toute cette affaire, je vous dis :
à plus tard… au plus tôt !

Rémi L.

Source : ma grand-mère Paulette

Expression Express #06 – « de conserve » et « de concert »

De concert signifie « d’un commun accord, d’intelligence, avec entente ». Agir de concert c’est agir après s’être concerté ou comme si l’on s’était concerté. La locution est souvent confondue avec de conserve… mais est-ce forcément une erreur ?

De conserve, donc, est un terme de marine qui tire son origine de la conserve (pas la boîte !), navire qui fait route avec un autre pour le secourir éventuellement. L’expression ne s’emploie guère que dans le langage maritime : naviguer de conserve.

Par extension et dans le langage familier, de conserve peut se dire pour « de compagnie, ensemble » : aller de conserve au théâtre. Le choix est vôtre !

En espérant avoir fait la lumière sur toute cette affaire, je vous dis :
à plus tard… au plus tôt !

Rémi L.

Source : ma grand-mère Paulette

Expression Express #05 – « sens dessus dessous » / « sens devant derrière »

Aujourd’hui, parlons d’une erreur très fréquente, s’expliquant généralement par une méconnaissance des mots employés.

sens dessus dessous signifie « de manière que ce qui devrait être dessus ou en haut soit dessous ou en bas et vice versa » et au figuré « en grand désordre » ou « dans un état de grande confusion ».

Il existe une expression quasi-synonyme : sens devant derrière, qui  signifie « de manière que ce qui devrait se trouver devant se trouve derrière et inversement ».

  • Il a mis son bureau sens dessus dessous pour retrouver ses boules de geisha. 
  • Le roi Dagobert a mis sa culotte sens devant derrière.

Souvent, on orthographie ces expressions sans, la prononciation étant similaire (\sɑ̃\)… Sauf qu’ici, sens vient de c’en (qui n’est plus usité) et désigne une orientation ou une position dans l’espace. Ecrire ces expressions avec « sans » signifierait que les devant, derrière ou dessus, dessous sont absents. Ce qui n’est pas le cas : ils sont inversés.

En espérant avoir fait la lumière sur toute cette affaire, je vous dis :
à plus tard… au plus tôt !

Rémi L.

Source : ma grand-mère Paulette

Expression Express #04 – « à Dieu vat »

À dieu vat est une locution que l’on entend parfois mais qui n’est pas toujours bien écrite… Empruntée à la langue des marins, elle signifie (grosso merdo) à la grâce de Dieu et plus précisément :

Ce qui pouvait être fait a été fait et à présent, l’avenir est entre les mains de Dieu (ou ne dépend plus que de la chance).

L’expression donnait à l’origine le signal d’une manœuvre particulièrement dangereuse, dont l’échec pouvait faire couler le bâtiment. D’où la recommandation suprême à Dieu, exprimée au subjonctif de souhait (vat). 

Je le disais au début, l’orthographe et la prononciation de cette locution font souvent l’objet d’interrogations. À vrai dire, Il existe plusieurs graphies possibles et correctes de cette locutio ; À Dieu vat est la plus courante, mais on trouve également l’une ou l’autre des graphies suivantes : Adieu va, À-Dieu-vat, à-Dieu-va, à Dieu vat.

La prononciation varie aussi. En général, le final de vat se prononce. Toutefois, la prononciation sans t est également correcte à condition d’être accompagnée d’un nuage de lait.

En espérant avoir fait la lumière sur toute cette affaire, je vous dis :
à plus tard… au plus tôt !

Rémi L.

Source : ma grand-mère Paulette

Expression Express #03 – « parler français », « parler le français », « parler en français »

Quelquefois, un mot change complètement une expression… Démonstration !

  • « parler en français » concerne une réalisation précise. Le président a parlé en français (il a parlé à un instant t, en français, et n’est pas forcément francophone).
  • « parler français » concerne une réalité.Le professeur parle français (il est francophone).
  • « parler le français » signifie être capable d’utiliser cette langue. Mon correspondant anglais parle le français (il parle aussi bien le français que l’anglais).

Nuance mon amour… ce n’est pas pour rien que notre belle langue est celle de la diplomatie !

En espérant avoir fait la lumière sur toute cette affaire, je vous dis :
à plus tard… au plus tôt !

Rémi L.

Source : ma grand-mère Paulette

Expression Express #02 – « à l’envie » et « à l’envi »

L’expression « à l’envi » (sans e final) a le sens de « à qui mieux mieux » et n’a rien à voir avec l’envie ou la jalousie. Notons qu’on peut la retirer sans nuire à la cohérence de la phrase.

  • Pour nous séduire, les publicitaires recourent à l’envià la sexualisation des animaux.
  • À la cour, il était de règle pour tous de flatter à l’envi le vénéré roi.
  • Jamais je n’ai pu résister à l’envie de séquestrer mes deux petites sœurs.

Pour accompagner ce (rapide) constat, je vous laisse avec une citation (espiègle) de Bruno Dewaele, champion du monde d’orthographe :

« L’étymologie souligne – à l’envi ? – ce qui sépare ces deux homonymes, trop souvent confondus. Alors que notre populaire « envie » descend du verbe latin invidere, (« regarder d’un œil malveillant », d’où l’idée de jalousie susdite), le littéraire « envi » est né, lui, d’invitare (« provoquer au jeu »). C’est cette idée de défi qui est à l’origine de l’émulation, de la rivalité constructive que connote la locution. Mieux vaut d’ailleurs, pour cette raison, la réserver à un sujet au pluriel, au contraire de ce que, par provocation, je fis un peu plus haut… »

En espérant avoir fait la lumière sur toute cette affaire, je vous dis :
à plus tard… au plus tôt !

Rémi L.

Source : FondEtForme

Expression Express #01 – « avoir l’heur de » et « avoir l’air de »

Avoir l’air de

L’expression avoir l’air de, suivie d’un verbe à l’infinitif, signifie « sembler » :

  • Tu as l’air d’avoir de la difficulté à résoudre ce problème.
  • Il n’a pas l’air de prendre cette histoire au sérieux.

Pour autant, l’expression l’air de lui plaire pourrait être remplacée par l’heur de lui plaire !

Continuer la lecture de Expression Express #01 – « avoir l’heur de » et « avoir l’air de »