Brouillard de guerre

Nous y voilà. Les partiels terminés, l’existence retombe doucement. Je jette un œil derrière moi. Guinness dort d’un sommeil pantouflard, personne dans la colocation.

(soupir)

C’est difficile. C’est difficile, de revenir écrire, sans jeter un regard sur ce qui s’est passé entretemps. J’ai toujours été un homme de bilan, à l’excès, me complaisant dans la nostalgie d’un âge d’or. Mais on dirait que cette fois-ci, il y a bien peu à dire.

Au départ, écrire semblait être la seule chose où j’étais bon ; il fut une période où j’écrivais beaucoup. Et puis, j’ai compris que je n’étais pas si bon que ça. Qu’au final, la seule raison pour laquelle je continuais, c’était parce que c’était la seule façon que j’avais de me parler.

Ma mère m’a appris à vouloir être heureux dans la vie, coûte que coûte ; mon père m’a appris le sens des responsabilités, de l’honneur, du sacrifice. Mais dans ma famille, on ne parle pas. C’est une vie en sourdine, qui a ses qualités comme ses défauts. C’est une vie qui marque, une vie où on se sent seul.

Alors j’ai écrit. Oh, pas énormément… Disons, régulièrement. J’ai dénoncé, crié dans l’abîme. J’ai dit ce que j’avais à dire ; j’ai séduit, manipulé. J’ai piétiné des gens avec douceur, avec comme seul intérêt de n’en apprendre qu’un peu plus sur moi.

Et puis, la source s’est tarie. Et ma vie est redevenue silencieuse. L’existence que je vis, le destin que je mène depuis…

Ce furent des années difficiles. Durant le BAC, je suis tombé malade. Un truc incurable, m’atteignant dans le dernier domaine où je pensais pouvoir encore garder la tête haute : le contrôle. Perte de mémoire, perte de concentration, peur de lire… Vinrent ensuite la plupart des étapes : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation…

Je n’ai pas réussi à retrouver quelqu’un entretemps. C’est peut-être mieux comme ça. Mes pas m’ont mené jusqu’en psychologie, où j’ai appris à mieux connaître et comprendre les autres, sur le papier. J’ai souvent été un confident, un adepte de la friendzone ; il était à présent temps de rajouter quelques connaissances à ces pratiques. Ce ne fut qu’un autre moyen pour essayer de comprendre le malaise de ma vie.

Au fil du temps, je me suis réconcilié avec l’amitié. J’ai cessé de regarder en arrière, pour savourer la valeur des personnes et des vies, sans jamais rien attendre en retour. Certains de mes ami(e)s, plus hardi(e)s ou concerné(e)s que d’autres me parlaient quelquefois de mes vieux écrits, et me proposaient de reprendre. J’ai toujours eu le sourire triste.

Et puis, Il y a eu cette fin d’année 2011. Une fin d’année où j’étais encore plus paumé que d’habitude. Je me suis laissé aller à certains excès, je me suis autorisé à être heureux. J’ai retrouvé certaines personnes, et la joie a reparu, comme une aube qui se lève dans le brouillard. Soudain, quelques instants prirent toute leur ampleur, et redonnèrent sens à mon itinéraire.

Oh, certes, il n’y a aucun panache à croire en l’espoir, une bouteille de champagne à la main. Mais il n’y a aucune raison de vivre sans espoir.

J’ai souvent ri, moqué, raillé, aveuglé par la dimension absolue que prenait le moindre de mes choix. À en oublier l’ambivalence des choses, des personnes. Il est temps que cela cesse.

Tout au long de mon chemin, comme tant d’autres, des phrases fugaces ont traversé mon esprit. Assez pour hanter une journée, pour rêver de mélodies et d’odyssées. Suffisamment pour se rendre compte qu’il n’y a guère que la poésie de la vie qui nous appartienne.

 

Teckhell

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