Archi vénère

J’aime bien les rentrées, c’est toujours l’occasion de déranger, ranger, d’arranger tous les objets alentours. On change, on influe par petites touches et retouches. Le plus souvent la démarche est ridicule et sans effet mais quelquefois on retrouve de vieilles pertes. J’avais l’habitude de rapidement terminer mes devoirs surveillés au lycée, ce qui me laissait le temps d’écrire sur mes brouillons ce qui me venait à l’esprit. Je pouvais mentir à mes amis,  ma famille, celle que j’aimais, sans ciller et sans remords. Mais la feuille, ah cette feuille… je pouvais être moi-même et ne pas mentir, ne pas me mentir. J’en sortais grandi, arrogant, avec un sentiment de conquête resplendissant. Je suis donc tombé sur un feuillet rose, parsemé de rosaces. Le texte est court, bouillonne à son échelle. Une tempête dans un verre d’eau, silencieuse et triste.

“Le bonheur, tout le monde cherche à le vivre, étant donné que personne ne sait ce que c’est. L’Homme ne pouvait pas voler ? Il a fait l’avion et demandé aux chasseurs de tuer les oiseaux. L’Homme ne savait pas nager ? Il a appris à plonger et à pêcher avec les chalutiers, modestes Jésus. Quelle stupidité, quelle ironie de la vie… Faut-il vraiment y trouver un sens ? Ne pourrions-nous pas nous assumer en tant que modestes animaux, et paître nos McDo paisiblement ? Non, à nous de compliquer… à nous de détruire chaque jour, chaque matin, chaque nuit ! Mes yeux sont désolés de lassitude envers une définition que ne vaut pas la peine d’être trouvée. Il n’y a qu’à voir les gens audacieux adeptes du pathétisme vagabond. Tout comme je ne m’aime pas, je hais les autres. Par jalousie, par dégoût, par tristesse, par désarroi, parce que l’on n’en vaut pas la peine. J’adore le monde tout comme j’abhorre l’Humanité, vile rejetonne d’un hasard ivre ayant sauté Dame Destin. J’aimerais mourir : une voiture, un terroriste, quelque chose. Pas me suicider, non. Juste mourir. Mais ça, on n’en parle pas dans nos sociétés. On voit ça mal, ça nous dépasse. L’essentiel problème de mon existence consiste en mon inculture sur les autres et sur moi-même, ainsi que ma dépendance en l’opinion de ceux qui m’entourent. Je rejette des définitions sitôt dites par le peuple pour en chercher moi-même des bancales qui ne me conviennent pas. C’est triste de voir une vie qui se résume à ça, et de ne pas réussir à en changer. Mais c’est bien de se l’avouer.”

En le recopiant je repense à cette époque compliquée, dense, qui est condensée, oubliée en un seul mot, l’adolescence. Le texte est médiocre et j’étais malheureux. Aujourd’hui j’écris moins et peut-être le suis-je moins. Qui sait ? On ne compare pas les époques, tout est continu.

Teckhell

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