Airelle x Zaromatt – S01E07

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

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Nous sommes en avril, et Delphine a le quotidien balourd : les dettes, les traites, les coups, les horaires, les remarques sur son corps et dans sa tête… Sa réalité la secoue, jour après jour, tant et si bien qu’elle n’a plus les idées nettes. Blessée, apeurée, elle n’envisage pourtant pas de fuir : qu’irait-elle donc faire dans ce lointain si vague ? Au moins ici a-t-elle ses repères, sa routine ; et puis ce n’est pas son mari Philippin qui étendrait la prochaine machine… “Je mettrai les voiles plus tard”, finit-elle souvent par murmurer, quand les larmes submergent sa dignité.

Un récent matin, Delphine décide de fermer les yeux encore un peu. Frigorifiée, elle se concentre sur la chaleur de son corps, en vain. Tout au plus ressent-elle une vague sensation qui parcourt sa chair. Elle se concentre, et finit par visualiser une drôle de cordelette qui l’enrubanne…

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La jeune femme sent immédiatement une connexion infinie avec ce lien : cette matière usée, détricotée, qui n’a su s’enrouler nulle part ailleurs et qui l’entrave tant aujourd’hui… elle qui avait perdu le fil de sa vie, dans quel état elle le retrouve ! Cette révélation assombrit le regard de Delphine, mais c’est une résolution nouvelle qui apparaît lorsqu’elle relève la tête. Une danse patiente s’engage alors, où elle dénoue et désentortille tant et tant de choses dans une chorégraphie chaloupée. Une fois celle-ci achevée, Delphine se lève enfin ; ses beaux chapeaux claquent comme une cape, et il est temps de faire un peu de ménage.

La machine à laver traverse la vitre puis le vide, avant de s’écraser sur la voiture de Philippin. Le bonhomme sort à reculons de l’appartement de Delphine, l’amadoue puis la menace, avant de brusquement trébucher ; il fait mine de lever la main sur elle mais se ravise, désarçonnée par sa présence. Puissante, nue, cette dernière contemple la déchéance et la médiocrité de son bourreau. Si petit, si ignoble, et déjà si loin… aussi, d’une voix posée, ne lui répond-elle qu’une seule chose :

“File.”

Airelle x Zaromatt

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