À l’emporte-pièce

« La fin, c’est l’endroit d’où nous partons. »

  • Thomas Stearns Eliot

Une maison, c’est d’un commun… en une journée, combien de seuils franchissons-nous ? bien souvent, des tas, à coup de voyages miniatures. Intérieur, extérieur, nous ne savourons que trop peu ces langoureux glissements que nous opérons le long de nos mondes.

Cinq ans ont passé depuis que ce lieu existe. Qu’elles soient belles ou terribles, les ères s’y sont succédées sans manière, surplombant nos nœuds et l’amour de nos vies, ainsi agencées.

Je n’y suis pas entré le premier, ce n’est même pas moi qui fermerait la porte le dernier, et pourtant je ressens le besoin impérieux de balbutier quelques formules. Ce n’est pas tellement que nous avons accompli quelque chose, mais bien que nous le réalisons désormais. La nostalgie est une couverture un peu chaude qu’il faut savoir enlever à temps… et pourtant, mon cœur est doux ce soir, alors que le feu s’éteint doucement.

Ce lieu, ce feu, c’est une histoire de branches et de buchettes, qui ont veillé année après année à briller, briller, à en pousser les étoiles ! des tisons s’éteignent, certains repartent, et le crépis toujours crépite. La voilà, la belle conséquence, l’incendie de nos amitiés !

Feue la colocation, oui. Nous allumerons d’autres étés.

Que l’image aurait été belle, si nous avions été tous ensemble ici et maintenant. Quel dommage que nous ayons invité le hasard… Peu importe : la colocation a toujours été un lieu de passage, et c’est une fidèle fin que nous offrons à ses derniers lendemains. Le texte, lui, restera : voilà pourquoi je dédie ce texte à qui se reconnaîtra et pour qui cet endroit importa.

Mes plus beaux sentiments s’adressent immédiatement à Alexandre, Edouard, Arnaud et Bruno. Mes comparses, aventuriers avec lesquels nous affrontions une pléthore de quotidiens, poursuivant les itinéraires bis et ter. Je ne vous ai jamais remercié pour ces années et ces couleurs ; à présent, je crois, c’est le moment, c’est l’heure. Merci.

Nous avons obtenu cette bicoque au lendemain du lycée. Sans ergoter, disons que notre argot et notre gargote ont rempli un espace qui dès lors serait nôtre. A nous et pour toujours, plus ou moins trois jours. C’était là une liberté luxueuse, bordélique et lumineuse. Je chérie ces instants et ces premières fois, abritées et choyées par quatre murs et un toit. Heaume sweet heaume.

Le monde est ainsi fait que doucement, nous en sommes arrivés à l’automne. A quelques-uns près, nous étions loin. La baraque tenait fièrement, envers et contre tout, insensible à la tectonique des BACs. Ma vie se réalisait à proximité, je suis resté. J’ai fait ma part, gardien de phare. A cette époque, l’horizon s’étendait, irrésistible.

Jouets des cycles, nous finissions inlassablement par nous retrouver : Noël, pont, jours fériés, chacun revenait saluer et sourire le temps de son escapade. Nous savions où aller : dans cette colocation devenue colloque, l’œil du cyclone jetait un voile intemporel sur nos destins. Encore aujourd’hui, je crois en la nécessité de tels lieux.

Vous pourriez croire qu’un tel soliloque est l’œuvre d’un sentimental, que la prose est faible et la faiblesse facile, et vous auriez raison. Il est temps d’épiloguer. C’ont été de longues années pour des vies aussi petites que les nôtres. Une porte se ferme, une autre s’ouvre. L’année prochaine, un autre abri s’offre à nous : une nouvelle partie commune, où jouera qui voudra. Les pensées et les souvenirs nouveaux sculpteront patiemment les murs, rires et dires tinteront ; que tout le reste s’envole.

Teckhell

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