À ciel ouvert

« Le baiser frappe comme la foudre, l’amour passe comme un orage, puis la vie, de nouveau, se calme comme le ciel, et recommence ainsi qu’avant. Se souvient-on d’un nuage ? »

  • Guy de Maupassant

Les promenades demeurent des phénomènes mystérieux. Partir, revenir, et seul le voyage demeure.

J’avais perdu le goût des chemins. Et puis, j’ai eu 20 ans.

“Alors, qu’est-ce que ça fait d’avoir 20 ans ?”

Rien. J’avoue que voir ma petite sœur grandir jour après jour est un spectacle beaucoup plus poignant. Il y a des tas de petits détails, de petits événements qui jour après jour, vous rappelle les années qui sont derrière vous.

Pour la vingtaine, j’ai voulu un chien ; un compagnon, pour la route. Bien que ce ne fût pas le but, élever ce Scottish m’a montré à quel point je n’étais pas préparé à vivre. C’est une petite vie dont vous devez prendre soin, jour après jour. Une bien étrange relation, à la croisée de l’humanité et de l’instinct, se forge quelquefois…

Ce qui nous amène aux promenades régulières que je fais en sa compagnie, pantouflard que je suis.

Mes horaires m’amènent souvent à me lever tôt (6h du matin). De là, je rencontre régulièrement les dernières créatures de la nuit, avec qui je papote régulièrement. Prostitués, clochards, ivrognes… Moi qui ai d’habitude tant de mépris pour les autres, je ne peux m’empêcher de les considérer avec douceur. Après tout, nous ne sommes jamais que deux tristesses avant l’aube.

Parfois, le dimanche, je gagne la campagne avec ma mère. J’avais l’habitude de le faire, avant, mais les cieux se sont assombris un temps.

Je me suis souvent demandé pourquoi la plupart des gens, dans les balades, se disent “bonjour“. Un bref salut, et chacun continue son itinéraire. Peut-être est-ce parce que, pour une fois, on parcourt le même chemin. Après tout, n’est-ce pas cela, une vie ? On en prend un, qui a l’air pas mal, et puis des fois on s’y perd. On tente des raccourcis, des rocades ; mais au fond de nous, on espère toujours retrouver la petite piste terreuse du début.

On retrouve au gré des sentiers des métaphores sur sa vie, ses problèmes… “Une fille sur le chemin, fleur qu’on croit cueillir, fanée en devenir…“. On n’écrit jamais vraiment, il ne s’agit que de retranscrire les beautés que l’on croise.

Au milieu de toutes ces considérations, les chiens courent, vont et viennent. Eux ne regarderont jamais la plaine.

Il y a souvent un belvédère dans les promenades. Là-bas, entre terre et ciel, on oublierait presque un instant notre nature. Le monde appartiendra toujours aux paysages, et les vues calmes resplendiront à l’horizon.

Tandis que l’on redescend, on sourit de ces peines perdues, dont seuls les nuages ont eu vent.

Teckhell

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