Archives mensuelles : décembre 2013

Historiettes

« La poésie est le plus ancien récit, et je croirais bien que c’est la poésie qui nous a d’abord consolés du langage. »

  • Alain

J’ai toujours trouvé le mois de Décembre un peu poussif : deux fêtes en moins d’une semaine, cela laisse bien peu de bonheur au reste de l’an. Il a au moins le mérite de faire revenir les vieux amis et les compagnons de route, inaperçus et perdus dans un ailleurs qui ne nous parvient que trop peu.

Au milieu de cet amical chaos, on se met à jour, on écoute et on parle. Il y a des coupes au montage selon qui demande, des histoires enjolivées, quelquefois des yeux fuyants. Chose omise, chose tue.

C’est dommage. J’aime les quotidiens car ils trahissent. Ils trahissent nos postures, nos défaites, mais également la place que l’on laisse à nos valeurs et (ce que l’on croit être) notre personnalité dans ce lieu commun qu’est la réalité.

Je parle souvent de mon travail d’apprenti professeur des écoles, source inépuisable de petites histoires. Cela choque, émeut ou fait rire, il y en a des tas et je pioche en fonction de l’interlocuteur et de l’effet désiré. Mais toujours, des petites choses rapides et croustillantes.

Quelquefois, les gens me conseillent de les noter quelque part, et d’en faire un livre, même que ça pourrait bien plaire. C’est ce qui se dit. On m’a aussi proposé de relater mon chemin épileptique, après tout tu écris déjà. Évoquer les souvenirs d’une mémoire poreuse, dévorée par la dégénérescence, avant qu’il ne soit peut-être trop tard (des maladresses dignes d’un bookmaker, pour sûr).

Moui, certes, pourquoi pas, on verra. La plupart du temps, j’expédie rapidement ces discussion. Il y a une différence entre laisser quelques traces ici et élever une souffrance au rang d’objet, faire d’une vie une histoire. Vivre ailleurs, sans soi, sans foi, cent et cent fois, entre toujours et jamais.

Si c’est le propre de chaque individu de vivre en satiété, je chéris d’avoir retrouvé cette année un vis-à-vis avec mon existence.

Bonne faim d’années.

Teckhell

Deuxième personne du singulier

« Ce que je cherche dans la parole, c’est la réponse de l’autre. »

  • Jacques Lacan

Arrimée à son bureau comme mille ancres au bord de l’eau, la nuit dépeint ses étoiles dans le firmament blanc.

Derrière cet absolu, une maigre paire d’épaules dessine calmement, d’un trait noir et lent, une rencontre. Mots pluriels et phrases singulières laissent des contours goguenards sur le papier ; bientôt chantera la lecture, ce dernier exode.

La voix ricoche légèrement contre les murs qui, pour peu, tomberaient amoureux. Sérieuse dans sa timidité, heureuse comme un bonheur cécité, elle et son écrit sus-cité suscitent et ressuscitent les bêtes battements de mon cœur.

Comme il paraît loin le temps où mon temps était l’antan ; voilà qui est du passé maintenant.

Les boucles de ses cendres vaporeuses rebondissent paisiblement lorsqu’elle bute sur une rime. Peu après, son poignet relâche avec douceur la feuille tachetée que je m’empresse de récupérer. Quelques corrections, et la voici posée sur la petite pile. Gloire à deux, feuille A4.

Cela ne peut que perdurer, cela perdurera : nous sommes les intendants de notre propre mythologie, rongés par l’affre et la demande.

Teckhell