Archives mensuelles : mai 2013

Jours averses et jours céans

« je vis mon quotidien au jour le jour. »

  • Aziz

Lorsque je bricole des monceaux de phrase, j’entends toujours dans un coin de ma tête mon père me dire : “Quand on n’a rien à dire, on se tait.”. Mon père est un homme de peu de mots, un homme qui ne parle de sa personne à personne. Il se contente d’évoquer le monde et ses alentours, d’un regard ironique et triste. Ce n’est pas une question d’amour… c’est juste que plus rien n’a d’importance et ce depuis bien des années.

Sa voix résonne dans ma tête, ou peut-être est-ce moi. Difficile à dire. Qu’est-ce que je lui ai piqué ? qu’est-ce que je suis au juste, moi ?… Ce sont là des questions bien générales, si faciles, si absurdes qu’elles finissent toujours par me faire sourire. Alors je continue mon bricolage, tout seul dans mon coin. Je ne me conçois plus, et puis m’oublie.

Parfois quand j’écris, parfois quand je vis, la colère bouleverse et mes demains tremblent.  

Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit ici. Peu importe comment je vais. La souffrance, le déclin, la renaissance, tous ces thèmes… Peu importe, ce n’est pas ce dont nous parlons ici. Ici, il s’agit de mot, de configuration, d’architecture. Ce sont les jeux et les passerelles où j’émiette, bille en tête, grands sourires et viles tempêtes.

Il fut une époque où je me délivrais en écrivant. Où me poser en créateur et en lointain artisan me donnait confiance, que finalement tout ceci était une bonne chose, une belle chose. Les temps sont différents, nul salut à présent. Je sens un peu plus chaque jour mon esprit se disloquer, les mots s’envoler… Peu importe, il faut bâtir, laisser quelque chose quel qu’il soit : un legs, une petite trace, d’amères châteaux de sable. Ce mal n’a pas sa place dans la vie et tous ces jours ; la douleur doit être emportée ailleurs car elle est vouée à croître. Oui, je veux qu’elle se sublime, qu’elle explose en vol… Allez brigande, affole mon âme !

Je ne sais pas combien de temps je tiendrais.

Toute cette agitation, cette détresse nerveuse, profondément intime et solitaire, est marginale. Cette dégénérescence, cette nécrose, toutes ces virgules les unes à la suite des autres, cela ne peut être arrêté. Le mal est arrivé en silence, son dénouement sera calme. Cela a commencé avec moi et je le terminerai en personne. Je ne veux pas me transmettre, voilà tout.

Oh, ne croyez pas que cette mise en scène, ma posture et toutes ces choses sont écrites à dessein. Je vous l’ai dit, cela ne m’importe plus. Voyez plutôt ça comme une chronique, un type ordinaire, une foudre ordinaire, quelques coups de crayons et une caresse sur le clavier. Il faut bien laisser quelque chose.

Au quotidien, serein, je fuis, échoue, me dérobe, caché sous les plaintes de mon plancher. Le papier alerte, entre deux feuilles violentes, je cherche tant bien que mal mes mots.

Ivre, sobre, ou encore à la dérobade, je sème mes bourreaux. La poursuite finie, je reviens sur mes pas, cherchant l’être des lignes ; cela se compte en minutes ou bien en années. Chaque retrouvaille équivaut à une belle promesse, un soleil sur le retour éclairant le vallon. Tous ces mots arrachés et hors de moi, vivent délivrés et papillonnants. Et si un jour ils viennent à être effacés, puissent d’autres mots et d’autres courbes recouvrir ces vieilles paroles.

J’ai toujours considéré les lectures comme des floraisons. Il y a de bonnes et de mauvaises années, ainsi qu’un temps pour chaque chose. Bien tournées, les phrases deviennent d’étonnantes propositions : combien de fois ai-je deviné le parfum d’une capiteuse syllabe cachée parmi de timides consonnes ? Quelle agréable sensation que de jouer à l’artiste et d’arrêter son regard sur la police (qui ne manque pas) de caractères, l’estimer, et glisser sur ses courbes…

L’imaginaire est un trésor d’infini, universel et spécifique. Ah, l’exubérant jardin secret que voilà ! Certains regardent l’herbe pousser, quelques autres ne regardent que les roses… Tout n’est que toquade, caresse et évanescence.

L’imaginaire est un lieu où je pleure, où j’accepte et retrouve cette fugace beauté qui chaque jour se déploie, se débat et perce dans le continent Réalité. Par le vol de ses pétales, elle rappelle au monde sa juste superbe et magnifie l’instant.

Plus discret, on peut aussi y trouver le fol espoir qui en petites cascades s’immisce et dépouille de toute adversité le rêveur éthéré… Une fois l’aride inondé, voici qu’il chuchote à l’oreille qu’allons ! il reste à semer…

Teckhell