Archives mensuelles : mars 2012

Départ de feu

« Un mot engendre un mot, une étincelle embrase la terre. »

  • proverbe finnois

J’ai toujours trouvé le concept des images mentales séduisant. Déployer toute une mise en scène avec l’esprit comme pinceau et un imaginaire en guise de toile… Une fulgurance peinturlurée dans une réalité blanche.

J’aimerais pouvoir faire ça dans la vraie vie, donner suffisamment de matière à mes mots pour étendre tout un paysage. À partir d’une simple odeur de bois brûlé, dresser un feu de camp tandis que la journée vit son dernier printemps. Et être juste là, sous les fleurs cotonneuses, à retourner les étincelles.

(sourire)

Je crois que je suis amoureux. C’est tout con, mais… j’ai envie d’être à nouveau heureux, et je crois que c’est peut-être la bonne. Il y a tant de filles que j’ai aimé à jamais, d’une éternité sans altérité… Quand je suis avec elle, le temps qui passe s’engourdit, comme le soleil endort quelquefois les prés.

Ne reste plus qu’à se déclarer… On va bûcher là-dessus. Nul ne sait pourquoi les lendemains chantent, mais c’est le plus beau des présents.

*Quelques jours plus tard*

Le jour se lève, et les cendres volettent calmement. Feu mon espoir, est mort mollement. Quand on s’endort sous le ciel, on ne sait jamais comment sera le monde à notre réveil. Les songes nous parviennent comme autant de feuilles qui se détacheraient des arbres alentours…

Et puis l’aube, et ses changements imperceptibles.

J’ai réfléchi longtemps, avant de craquer l’allumette. Très longtemps, trop, comme souvent. S’en remettre à l’autre, c’est perdre le contrôle, ne fut-ce qu’un moment. Se donner l’occasion, l’illusion de croire, comme avant. J’ai craqué et j’ai eu tort.

Teckhell

Au plaisir

Je ne pense pas du tout que le sexe soit un moyen de communiquer ; paradoxalement, c’est le domaine où chacun vit les choses de la manière la moins partageable qui soit. »

  • Catherine Millet

Au détour d’une nuit, souvent, je fais le lit de ma solitude en m’arrêtant à l’autel. J’y offre mon désir à l’imaginaire, pour un transport éphémère.

Une passion triste.

La fable nous fait une fleur, dont il ne reste plus qu’à ôter les pétales, un à un. Dans les fantasmes, on côtoie tant de silhouettes… D’une idée s’élève soudain un sentiment majestueux, qui s’effondre lorsque le regard s’attarde. Une carte des déserts, aux mille portes, où chaque poignée d’amour est une étreinte sableuse.

Et puis, l’extase. Dans le silence lascif, ne demeure qu’une existence à bout de souffle.

Il ne fait pas bon vivre, après la petite mort.

 Teckhell

Les neiges éternelles

« Les montagnes sont des géants assoupis. (…) Peut-être que nous ne sommes que leur rêve, un rêve de la terre somnolente. »

  • Théodore Roszak

Réveil aux toilettes de la FAC. Porte verrouillée, blessure légère à la tête… Bon dieu, comment en suis-je arrivé là ?

Peu à peu, les pensées reviennent. Je suis encore trop faible pour me lever, il faudra se contenter de regarder la montre. Une heure d’inconscience, un cours manqué ; je ne les compte plus. Se relever, malgré tout. Les jambes tremblent. J’erre doucement, d’un calme défait.

(soupir)

La navette roule vers le soleil. Les rayons commencent à disparaître derrière les nuages. J’essaie d’oublier. J’essaie d’oublier qui je suis, d’abandonner l’espace d’un instant ma dernière crainte. Et puis un sourire, une nouvelle malice, histoire de faire resplendir l’ombre de soi-même.

Je m’abîme, jour après jour : ça fait un bout de temps que j’en suis conscient, et des années que je suis en roue libre. Une vie à perte de vue, abandonnée.

Nous qui sommes nés, qui sommes venus au monde, que laisserons-nous sur le chemin ? À un moment donné, je suppose qu’il faut choisir. Peut-être qu’au final, le plus dur est de se rendre compte que ça ne vaut rien. Rêve et crève.

Ne crois pas lecteur, malgré ces océans d’amertume, que je sois malheureux. La détresse, l’allégresse, ce n’est pas si simple… Et quitte à choisir, autant être de bonne humeur. Rien n’enlaidit autant qu’une tristesse.

Au fur et à mesure de l’existence, je me rends compte que j’essaie autant que possible de gribouiller des paysages, petit hommage à un vaste monde. Constamment, les mots, les expressions défilent, redéfinissent l’espoir d’une nature tranquille, fruit de tous les chaos. Récemment, je suis allé à la montagne, avec des amis, où j’ai régulièrement été traité de “langue de pute” ; fut-ce amical, ils sont dans le vrai. Dire les choses telles qu’on les pense, cela arrive peu souvent. Certains s’en font une marque de fabrique, d’autres s’en offusquent dès le premier dérapage. J’ai opté pour une certaine liberté de parole. Oh, bien sûr, ça joue des tours, mais regretter l’est bien plus encore. La vie, tous les gens sont gris, et ils ont tendance à l’oublier, se parant d’une blancheur mensongère.

(sourire)

Sur les hauteurs, je sème les derniers pinceaux d’un décor argenté.

Courant sur les pentes tachetées, l’horizon est pareil à un fil qui relierait deux mondes. Les montagnes, sereines, ont la beauté des vagues figées. Sur les monts alentours semblent couler quelques larmes blanches… Lorsque vient la fin du jour, et que l’ombre s’étend sur les versants, on peut voir le soleil s’éteindre, d’un rouge presque crépitant… Au pays des monts et vermeils, la nature resplendit encore.

Les cimes traversent les âges, indifférentes à l’émoi qu’elles suscitent. Que valent ces quelques mots, face aux crêtes… Les âges hibernent, et nous fanons ; chaque vie semblable à une première neige. Et c’est peut-être pour ça qu’il faut resplendir, finalement. Le ciel aura beau se voiler, les flocons ne cesseront jamais de tomber.

Toute ma vie, j’ai aimé la nuit, parce qu’il fallait être le jour.

Teckhell