Airelle x Zaromatt – Saison 1 Épisode 4

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

*

« Hans, je crois que le marketing n’est plus ma tasse de thé.
– Mais enfin patron, pourquoi dites-vous ça ?
– Les chiffres ne sont pas bons, et nous-mêmes n’avons pas excellé depuis quelques années. Il serait plus sage de passer la main.
– Je reconnais, M. Toadson, que la conjoncture ne nous est pas favorable, mais de là à ouvrir les cuisses…. Vous souvenez-vous de la grande époque ?
– Comme si c’était théière.
– Vous aviez des idées, une vision. Nous devions conquérir de nouveaux marchés, afin d’embrasser la pop-culture… Kermit, Trevor, le roi Harold, Tiana et Naveen : à chaque fois, nous avons fait mouche ! Aujourd’hui, les pluies de grenouille semblent si loin.
– Crazy Frog restera tout de même une erreur de parcours.
– Mais rentable ! et songez à notre incursion réussie dans le jeu politique.
– “Coasse-toi pauvre con” ? Aha, quelle insolence… Remarque, avec les Français nous pouvions nous le permettre.
– Nous devons avoir confiance en l’avenir M. Toadson, car nous n’avons qu’un mantra : “Tout est bien qui amphibien” !
– Il est vrai, Hans. Merci pour votre discours corporate, c’est apprécié. Vous m’avez redonné la gnaque ! Mieux vaut tétard que jamais, je suppose.
– Oh, comme je vous retrouve ! C’est crapaud pour être vrai…
– Reprenez-vous, nous avons du travail devant nous. Il faut réunir toute l’équipe ! Préparez-moi un Powerpoint, il est temps de faire la nique aux lolcats.
– Oh oui, jouons-la spécistes ! Quelle sera notre accroche ?…
– “Rois d’internet, craignez les rainettes” ! »


Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – Saison 1 Épisode 3

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

*

Il était une fois un monstre, avec des dents en toc, et qui mit le zbeul à Majorque. D’aucuns pensent que c’est à n’y rien comprendre, alors qu’il suffit juste de se rappeler comment tout cela a commencé.

Tout commença au sortir d’une crique nudiste où nous le découvrîmes. La créature ne faisait montre d’aucune hostilité, n’était pas vraiment laide, peinait à terrifier… nous en déduisîmes rapidement qu’elle était en congés, et que les acquis sociaux valaient pour tout le monde. Il lui fut proposé de la raccompagner au village vacances, ce que le monstre sembla accepter. Nous le surnommâmes “Bilibou”, puisque c’est ce qui était marqué sur sa casquette.

Sur le chemin, nous peinions à brosser un portrait de la bestiole, tant elle ne ressemblait à rien. Nous devinions ses dimensions – cinq mètres de hauteur pour quatre de largeur – mais pour le reste… Les plumes se disputaient aux touffes de fourrure, les écailles aux cornes, personne n’osait le toucher. Bien que nous ayions rapidement établi que Bilibou marchait sur des pattes, nous n’arrivions toujours pas à nous mettre d’accord sur leur nombre exact. De cette masse compacte et bigarrée, seuls de grands yeux pensifs surnageaient.

Lorsque nous fûmes en vue des installations, le monstre s’agita. Il fit montre d’une célérité inouïe, qui le conduisit directement en pleine séance d’aquabike. De là, il découvrit sa mâchoire édentée et fit mine de happer tout ce qui passait à sa portée. Le public, d’abord un peu surpris, finit par éclater de rire. Il croyait à une bête animation et un costume un peu couillon, d’autant plus que la bête avait dévoilé une langue télescopique qui chatouillait les ménagères. Bilibou, vexé, finit par sortir de l’eau et récupéra la clef de son bungalow. Il y resta une petite heure, le temps pour les moniteurs de terminer la session.

Lorsqu’il revint vers nous, le colosse s’était fabriqué un semblant de dentition avec des bouts de carton. Bilibou n’eut pas un regard pour l’assistance lorsqu’il se dirigea mollement vers le buffet à volonté. Incapable de croquer qui ou quoi que ce soit, il essayait de garder la tête haute ; ainsi sirota-t-il le guacamole, le tzatziki, puis à peu près toutes les sauces qui se trouvaient là. Il s’attaqua ensuite aux nombreux bols de punch, qui l’éméchèrent ; de là, il mit un point d’honneur à fracasser toutes les bouteilles pour en laper le contenu, avec une préférence évidente pour les mixtures un peu chargées. Face au tohu-bohu naissant, quelques employés s’approchèrent pour le raisonner, mais furent rapidement éjectés. Le cuisinier se voulut philosophe et rassurant, et proposa aux estivaux de festoyer dans le restaurant le temps que le monstre dégrise. Mauvais joueur et triste sire, ce dernier fit volte-face et fonça dans la bâtisse ; l’onde de choc mit tout sans dessus dessous, à commencer par le pauvre cuistot. Les gens criaient, glissaient sur de la marinade, éternuaient… Lorsque le nuage de poussière se dissipa, Bilibou avait disparu et la piscine ne sentait plus le chlore. On remonta facilement sa piste jusqu’à la crique ; une roche nue et collante faisait désormais office de plage, et quelques dents cartonnées jonchaient le rivage.

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – Saison 1 Épisode 2

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

Si dehors, la végétation arbore de belles tâches de rousseur, dedans, c’est la maison tout entière qui déjà hiberne, à grand renfort de couvertures et d’emmitouflements. Chacun fait ce qui lui plaid ! Dans l’immobilité, il est une présence qui toutefois préfère la quiétude ascétique du guet. Le cul fondu sur le radiateur, son regard vert et noir fixe d’une vigilance implacable par-delà les vitres. Pourtant le calme n’est qu’apparent : il ne suffira d’ailleurs que de quelques minutes pour que le guetteur se laisse aller à la fébrilité, avant de finalement embrasser la frénésie : est-ce la cime d’un arbre qui aurait frémi une fois de trop ? Sont-ce les branches que le vent n’agite pas comme il faut ? Malgré les motifs ambre et almandin du jardin, le plus vif éclat se trouve désormais dans les orbites du chat : ses coussinets tapotent rageusement le verre, comme un prospecteur apercevant une belle pépite. Cette agitation tire de leur engourdissement quelques êtres, qui réalise non sans malice la raison de tout ce pataquès : un nid, caressé par la lumière, autour duquel volettent deux poids plumes. Autour d’une solide structure, l’ouvrage se construit brindille après brindille, comme autant d’emprunts aux environs. Mais de tout cela, le chat n’en a cure : il pense à son évasion spectaculaire de la maison, déjouant tous les pronostics, il songe à la glorieuse chasse qui s’ensuivra… Il s’enivre d’une prédation qu’il n’a jusqu’alors appliquée qu’aux mouches de passage. Mais ! le plan est sévèrement compromis par le tintement métallique d’une gamelle qui se remplit. La bête, déboussolée, avorte ses rêves de conquête pour une terre déjà acquise. À son retour, les oiseaux auront perdu tout intérêt : une fois repu, il est en effet bien plus facile de digérer ses échecs !

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – Saison 1 Épisode 1

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

L’inspectrice McFish arriva rapidement sur les lieux du braquage. Hivernale, la rue offrait un décor blafard et dépouillé, et on n’y voyait pas à deux mètres ; pourtant, tous reconnurent la fourrure fatiguée de la jeune enquêtrice. Mal rembourré, le vêtement lui donnait une allure musculeuse et compacte qui confinait à l’absurde, à mille lieux de sa chétivité. Elle essuya en toute logique quelques remarques gaillardes lorsqu’elle intégra le commissariat, mais elle s’en cognait, tout comme elle cognait quiconque se mettait entre elle et la vérité. Cette détermination ne reposait évidemment pas sur la seule force brute ; McFish privilégiait toujours l’observation aux fusillades, arguant qu’elle détestait le gruyère. A contrario, elle ne sortait jamais sans une loupe ; elle en faisait collection depuis toute petite, comme autant de miroirs à main dirigés vers la réalité. Pour chaque enquête, une nouvelle loupe ; l’instrument avait beau ne servir que rarement, il faisait toujours son petit effet.

“Lieutenante.
– Agent Ludwig. Le commissariat évoquait un vol avec effraction.
– Oui, oui, une petite épicerie, avec un modus operandi qui va vous plaire : ils n’ont volé que des légumineuses. Lentilles, pois, fèves… ils ont même récupéré les flageolets dans les boîtes de cassoulet ! À force de répéter “cinq fruits et légumes par jour” à la télé, ça nous pendait au nez des conneries pareilles. Et vous vous doutez bien que le temps qu’on arrive, ils avaient mis les gaz…
– En plein hiver, votre langage fleuri fait désordre. Des indices ?
– Les braqueurs ne se sont pas arrêtés là cheffe, y a toute une mise en scène là-dedans. Ils ont gavé de la poiscaille avec des haricots rouges avant de suspendre le tout avec des ficelles. Quand vous rentrez dans la supérette, les poissons rebondissent les uns sur les autres… Ca donne un bruit si flasque, à en faire chialer Captain Igloo.
– Un grand sentimental, lui aussi. Occupez-vous des badauds, je vais inspecter les lieux.”

Depuis le passage de Ludwig, une curieuse réaction chimique avait rendu translucide la peau des pauvres bestioles, accentuant le surréalisme de la scène. Nombre de délinquants et criminels aimaient laisser une trace, mais ils ne se donnaient généralement pas cette peine. Comme pour mieux réfléchir, McFish s’était placée au centre de ce curieux carrousel, fixant tour à tour et non sans strabisme chaque poisson dont la virevolte laissait quelquefois éructer un ou deux haricots. Dehors, la tempête avait cessé pour laisser place à une lumière blanche, qui se reflétait dans la loupe attentive de la policière. Elle n’avait ni mobile, ni chemise, ni suspect, mais elle savait que quelqu’un paierait pour tout ce micmac : foi de McFish !

Airelle x Zaromatt

La dame qui attend

Je vois souvent une femme le matin, tandis que je descends de mon immeuble pour sortir les chiens. Elle se situe toujours au même endroit, bien qu’en perpétuel mouvement, et m’adresse souvent un regard, avant de replonger dans sa surprenante attente : personne ne vient jamais.

Il serait aisé de la traiter de folle et de simplement passer son chemin. Or, mes petites habitudes me confrontent à elle, chaque jour, alimentant mon intérêt et ma tendresse pour ce pauvre personnage.

Pourtant, alors que j’écris ces lignes, je serais bien incapable d’estimer si ses frusques changent d’un jour à l’autre. Quelque chose hante le visage de cette femme, affectant également ma perception.

Recluse dans sa parcelle imaginaire, on dirait qu’elle attend un événement dont l’importance est si vague qu’elle submerge ses yeux clairs.

La douleur et l’inquiétude de son humanité solitaire ne faiblissent jamais, le temps de ma petite boucle quotidienne. Je pense alors à nos souffrances, nos impasses, et tout ce qui nous lie, quand bien même je sais que je ne lui parlerai ni ne l’aiderai jamais.

Cette femme, qui n’arrive ni ne repart, voyage sans doute bien plus loin que nous. 

Airelle

Les sols épuisés

Il arrive de croiser un chagrin,
Assumé ou découvert,
Pareil à un mauvais grain,
Germant en plein hiver.

Ses sillons profonds
Accentuent la blessure
Et l’âme se morfond
Folle d’usure.

La question se pose alors
Du devenir des aurores.

Est-ce l’affaire d’une récolte
Un semis que l’on regrette ?
Ou bien la fin désinvolte
D’une vie sans faîte ?

Travailler la terre
Reste le meilleur remède
Tandis que la lune éclaire
Un appel à l’aide.

Airelle

Vivre et laisser mourir

Ce matin, je me suis fait la réflexion suivante : le fait, me concernant, de refuser chaque été de mettre de la crème solaire pourrait provenir d’un certain masochisme : brûler le corps, pour mieux observer ce dernier se régénérer à force pelures. Si, de prime abord, ce manège peut sembler ridicule, il n’en demeure pas moins symptomatique de la manière dont j’ai abordé ou plutôt affronté la vie ces quinze dernières années.

L’image du survivant est séduisante, presque romantique ; pour autant, je sais que je vivote plus que je ne survis. Je me souviens très bien du jour où j’ai appris l’existence et le sens de ce verbe : je vivais alors mes années collégiennes, et chaque mot était une nouvelle pépite à fourrer dans ma besace trouée – la faute à une mémoire indisciplinée. Ce n’est que plus tard que j’ai découvert un des adverbes qui lui étaient généralement associés : “petitement” – un de mes termes favoris lui aussi.

Vivoter donc, c’est “vivre petitement, avec peine, faute de santé, de moyens”. À plusieurs reprises dans mon parcours, j’ai constaté que la philosophie et les choix de vie que je m’imposais donnaient cette impression. Encore aujourd’hui, j’ignore exactement les raisons qui me poussent à purger mon existence : le modèle paternel, la perte de ma sœur, la trahison du corps ? Bien d’autres événements pourraient venir alimenter mes comportements actuels.

Sans doute est-ce pour cela que mes proches commencent à me presser pour que j’aille voir un thérapeute. Je ne suis pas inquiet de ce que je pourrais y découvrir – de nouvelles interprétations – mais plutôt déçu quant à l’idée de devoir recourir à un professionnel pour comprendre. Cela me fait penser à ce moment où, enfant, l’on regardait la page des solutions à la fin d’un magazine.

J’aimerais comprendre, mais pas ainsi. Tout comme j’aimerais continuer à vivre, mais plus ainsi.

Airelle

Multijoueur

Malgré les années, quel plaisir de ressentir des émotions toutes spéciales à la lecture ou l’écoute de certaines phrases. On pense quelquefois avoir tout vu ou entendu – à tort, et le hasard te détrompe alors modestement. Il s’agit ici d’une phrase prise au détour d’un season finale d’une série crasseuse et violente ; le personnage principal souhaite exprimer sa reconnaissance à sa partenaire, et bafouille cette phrase d’une voix caverneuse.

« Tu sais, ce monde n’est pas tout beau mais grâce à certaines personnes, cela fonctionne.
Tu en fais partie. »

Lorsque l’on traverse une période désespérée, je suppose que cela nous rend plus sensible – attentif ? – à certains discours, certains spectacles. En écoutant cette phrase, j’ai tout d’abord pensé à Laura, signe que le lien qui nous unit est encore bien loin des cendres fantasmées par nos entourages respectifs. J’ai ensuite songé à mes amis et à mes proches, tous ces gens qui comptent aujourd’hui. Puis, j’ai simplement perçu de l’espoir dans tout cela.

Pendant des années, j’ai fait en sorte de pouvoir me suffire. Il s’agissait alors de se protéger de cette “nouvelle” vulnérabilité, que l’épilepsie ne fit finalement que révéler. J’ai ironisé à l’envi, arguant que rien n’avait de sens et y trouvant une forme de liberté pathétique : je demeurais prisonnier de mes pudeurs, de mes souffrances, et terriblement seul. Pourtant, j’ai essayé d’accompagner comme je le pouvais nombre de gens autour de moi, tissant un précieux réseau de relations et d’estimes mutuelles. Cependant, la relation n’était que rarement réciproque, puisque personne ne pouvait s’approcher : armé de ma verve, personne ne semblait capable de me déboulonner. Mais le mépris et la moquerie ne possèdent aucune finalité véritable : je suis devenu un homme stérile, déclinant et limité. Certains de mes malheurs furent ainsi, selon une certaine logique, légitimes.

Mais rien ne dure, et cela inclut aussi les pires passes de l’existence. Si je ne crois pas forcément aux cycles, je crois à la fluidité : quiconque questionne et s’intéresse à la sienne connaîtra un développement régulier.

J’ai envie de devenir une meilleure personne : je le mérite, et mes amis, ma famille, mon amour, le méritent.

Airelle

Peur bleue

Dans nos vies, dans nos nids, il arrive de dénombrer des objets ayant une valeur toute particulière. Je pense en avoir identifié une dizaine, mais un seul relève de l’évidence : une chemise bleue. D’aucuns la traiteraient de chiffon difforme, avec ses motifs d’un autre âge et ses boutons qui n’attachent même plus. Je l’ai reçue de mon père il y a une petite dizaine d’années. Elle n’était déjà plus rien, et peut-être est-ce pour cela que je l’ai immédiatement chérie : sa douceur et sa légèreté m’apaisaient, et je trouvais dans ses défauts un charme désuet. Vous appréciez, je n’en doute pas, la symbolique de l’objet.

Depuis, je ne la porte plus. J’aimerais écrire que je la porte moins, mais ce serait mentir. Avec les années, mon attachement et mon estime pour cet objet sont devenus ridiculement absurdes, et j’attends systématiquement les moments propices pour en être digne : porter cette chemise est devenu l’expression d’un triomphe sans sens, d’une autosatisfaction qui ne pourra jamais se concrétiser, tant il y a de conditions et d’exigences. Naturellement, la chemise est restée sur son cintre, alors que je continuais de l’amener dans tous mes périples. Jadis élément réconfortant, elle est devenue l’emblème de ma raideur et de mon mal-être.

Un de ces quatre matins, je trouverai la force de la porter. Et, sans atteindre l’épiphanie, je suis certain que j’atteindrai quelque chose, dont l’écho m’aidera pour la suite.

Airelle

Vraiment

Je me sers souvent du présent de vérité générale lorsque j’écris…
La preuve.

Je suppose que cela donne de l’épaisseur, de la confiance ; après tout, quelle meilleure posture que celle de la conviction ? Hélas, malgré la belle substance des fois, difficile d’y voir autre chose que des idées arrêtées. Celles-ci signent la suspension – quand ce n’est pas la défaite – de la réflexion, laissant place à toute une galerie de représentations. Parmi ces portraits de soi et des autres, parmi ces paysages quelquefois ô combien inachevés, nous vagabondons en nous inspirant de couleurs desséchés ou humides pour percevoir, vivre et choisir.

Mais, en soi, nous ne saurons jamais.

Et c’est ce présent doute qui m’empoisonne.

J’exècre toutes ces devinettes permanentes, tandis que je tâtonne à laisser quelques empreintes. Toutefois, cette obsession de la connaissance se fait au détriment de la sagesse. Des routes jusqu’alors arpentées, le passage à l’acte reste la moins empruntée.

Je ne sais pas, ne saurai jamais ; serai-je un jour ?

Tout est si relatif.

Airelle