Airelle x Zaromatt – Saison 1 Épisode 9


L’illustratrice Zaromatt et moi-même menons un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement.

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Déjà décembre
Les villes revêtent leurs parures
Histoire de tromper l’ennui.

Depuis la chambre
Que penser de ces tristes dorures
Dérobant le charme des nuits ?

Aux lueurs je pense
Si vives et qui courent
Le long des imaginaires,

Alors que seul danse
Aux douze carrefours
L’éclat des feux rouges-verts.


Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – Saison 1 Épisode 8

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J’aime bien l’homophonie. Deux mots à la prononciation identique mais aux sens bien distincts, allez savoir pourquoi, ça me réjouit. D’ailleurs, quand vient décembre et que je sillonne les rayons des supermarchés – qui se figurent une idée fort particulière de l’esprit de Noël mais là n’est pas le sujet -, deux de mes homophones favoris sont irrémédiablement de la partie. Tout (re)commence avec les calendriers de l’Avent, qui ont le don de me décocher un sourire. Certes, j’en apprécie le principe – et celui des sourires aussi -, mais la langue est une succulence qui perdure bien plus souvent dans le palais de mes idées. Vous ne serez donc guère surpris quand je me prends à imaginer un “calendrier de l’Avant”. Avant quoi, exactement ? Eh bien, chacun a sa vision du temps, son propre rapport identitaire. Par exemple, avec ma mémoire émiettée, comme j’aimerais que derrière chaque petit carré cartonné se cache un souvenir oublié ! une anecdote, un moment-phare, seul comme à plusieurs… Avouez que la période se prêterait à pareille gourmandise, non ? quelque chose d’oscillant entre le sucré et l’amer, à la saveur si familière… L’occasion pour chacun et chacune de refaire l’expérience de leur existence, et je l’espère de réaliser la richesse intrinsèque de ces moments mis bout à bout et que l’on appelle vie.

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À bientôt, pour une nouvelle homophonie. 


Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – Saison 1 Épisode 7

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Nous sommes en avril, et Delphine a le quotidien balourd : les dettes, les traites, les coups, les horaires, les remarques sur son corps et dans sa tête… Sa réalité la secoue, jour après jour, tant et si bien qu’elle n’a plus les idées nettes. Blessée, apeurée, elle n’envisage pourtant pas de fuir : qu’irait-elle donc faire dans ce lointain si vague ? Au moins ici a-t-elle ses repères, sa routine ; et puis ce n’est pas son mari Philippin qui étendrait la prochaine machine… “Je mettrai les voiles plus tard”, finit-elle souvent par murmurer, quand les larmes submergent sa dignité.

Un récent matin, Delphine décide de fermer les yeux encore un peu. Frigorifiée, elle se concentre sur la chaleur de son corps, en vain. Tout au plus ressent-elle une vague sensation qui parcourt sa chair. Elle se concentre, et finit par visualiser une drôle de cordelette qui l’enrubanne…

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La jeune femme sent immédiatement une connexion infinie avec ce lien : cette matière usée, détricotée, qui n’a su s’enrouler nulle part ailleurs et qui l’entrave tant aujourd’hui… elle qui avait perdu le fil de sa vie, dans quel état elle le retrouve ! Cette révélation assombrit le regard de Delphine, mais c’est une résolution nouvelle qui apparaît lorsqu’elle relève la tête. Une danse patiente s’engage alors, où elle dénoue et désentortille tant et tant de choses dans une chorégraphie chaloupée. Une fois celle-ci achevée, Delphine se lève enfin ; ses beaux chapeaux claquent comme une cape, et il est temps de faire un peu de ménage.

La machine à laver traverse la vitre puis le vide, avant de s’écraser sur la voiture de Philippin. Le bonhomme sort à reculons de l’appartement de Delphine, l’amadoue puis la menace, avant de brusquement trébucher ; il fait mine de lever la main sur elle mais se ravise, désarçonnée par sa présence. Puissante, nue, cette dernière contemple la déchéance et la médiocrité de son bourreau. Si petit, si ignoble, et déjà si loin… aussi, d’une voix posée, ne lui répond-elle qu’une seule chose :

“File.”

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – Saison 1 Épisode 6

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Très tôt, Archie sut qu’il voulait être alchimiste. Il mit cependant plus de temps avant de découvrir qu’il n’avait pas ce talent… en fait, il était juste optimiste : malgré les redoublements constants et les moqueries de ses pairs, il s’entêtait, confiant, au grand dam de ses parents. Ceux-ci passaient d’ailleurs leurs journées à transmuter le plomb en or pour couvrir les dépenses – et les dégâts – d’Archie. En effet, à force de foirer ses formules, le bonhomme avait progressivement conduit à la rénovation de toute l’aile Est de la faculté ; la patience du corps enseignant avait désormais atteint ses limites, et il avait été unanimement décidé de le dégager.

La nouvelle secoua Archie, et il resta songeur quand on lui suggéra de devenir prof de physique-chimie. Non, vraiment, il devait les détromper ! Il réunit rapidement les détracteurs et quelques ingrédients dans une salle voisine, puis débuta une savante démonstration : il allait, devant eux, changer la confiture en eau ! Tout absorbé qu’il était, il ne répondit pas aux gens qui questionnaient les applications ; seuls comptaient ses fioles, ses flacons et la bonne articulation des incantations… Les plus érudits reconnurent parmi les composants de la poudre d’aisselle de dragonnet, du chêne liquide, de la sauge, du jus d’astéroïde ou encore de la confiture d’abricot. La mixture était inédite, et le doute commença à s’emparer de l’assistance : allait-il réussir à prendre sa revanche ? Advenait alors le moment le plus délicat de l’expérience, soit enclencher la transmutation via le talisman alchimique. Il immergea le catalyseur dans la substance ; une, deux, trois secondes flottèrent dans l’air, puis, soudain ! le bouillon de la matière, l’incandescence élémentaire ! Une gélatine azurée apparaissait, au gré des “oh !” et des “hein ?” du public galvanisé.

Archie, impérial, poursuivait le processus afin que tout ceci prenne un aspect aqueux ; de facto il ne vit pas arriver le cantinier, vraisemblablement contrarié, qui hurlait “MA CONFIOTE” en fonçant vers le chapardeur. Cette bousculade, qui interrompit la transmutation, permit au moins de vérifier que le pot ne contenait pas exactement de l’eau.

L’explosion vitrifia l’aile Ouest. De grands esprits ainsi qu’Archie périrent instantanément ce jour-là, tandis qu’une odeur abricotée se répandait dans la faculté, ce pour plusieurs semaines.

Airelle x Zaromatt



Airelle x Zaromatt – Saison 1 Épisode 5

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Ils sont là-haut, ailleurs, elle et lui et leur candeur. Peu leur chaut le retard du métropolitain, puisqu’ils sont exactement là où ils sont censés être. Depuis ma valise, je devise : peut-être se sont-ils retrouvés, après une longue période ? ou bien il s’agit de quelque chose qui commence, dans une promesse éblouissante. J’aimerais que la scène fasse l’unanimité, en vain : c’est la fin de journée pour les autres usagers, et bien des grognons n’ont que faire de cet instant volé… pire, ils atténuent le tendre spectacle de leur connivente goguenardise. Pauvre microsociété, vautrée dans sa petitesse… à croire qu’elle-même a oublié comment les sentiments peuvent nous percuter, sans crier gare. Mais elle et lui, si vulnérables et invincibles, aussi anonymes que machin et machine, ne nous observent pas en retour. Mieux, ils descendent de la rame et s’en éloignent, à la recherche d’un autre chemin que celui du train-train quotidien. Lorsque la circulation reprend, nous n’existons déjà plus.

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – Saison 1 Épisode 4

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« Hans, je crois que le marketing n’est plus ma tasse de thé.
– Mais enfin patron, pourquoi dites-vous ça ?
– Les chiffres ne sont pas bons, et nous-mêmes n’avons pas excellé depuis quelques années. Il serait plus sage de passer la main.
– Je reconnais, M. Toadson, que la conjoncture ne nous est pas favorable, mais de là à ouvrir les cuisses…. Vous souvenez-vous de la grande époque ?
– Comme si c’était théière.
– Vous aviez des idées, une vision. Nous devions conquérir de nouveaux marchés, afin d’embrasser la pop-culture… Kermit, Trevor, le roi Harold, Tiana et Naveen : à chaque fois, nous avons fait mouche ! Aujourd’hui, les pluies de grenouille semblent si loin.
– Crazy Frog restera tout de même une erreur de parcours.
– Mais rentable ! et songez à notre incursion réussie dans le jeu politique.
– “Coasse-toi pauvre con” ? Aha, quelle insolence… Remarque, avec les Français nous pouvions nous le permettre.
– Nous devons avoir confiance en l’avenir M. Toadson, car nous n’avons qu’un mantra : “Tout est bien qui amphibien” !
– Il est vrai, Hans. Merci pour votre discours corporate, c’est apprécié. Vous m’avez redonné la gnaque ! Mieux vaut tétard que jamais, je suppose.
– Oh, comme je vous retrouve ! C’est crapaud pour être vrai…
– Reprenez-vous, nous avons du travail devant nous. Il faut réunir toute l’équipe ! Préparez-moi un Powerpoint, il est temps de faire la nique aux lolcats.
– Oh oui, jouons-la spécistes ! Quelle sera notre accroche ?…
– “Rois d’internet, craignez les rainettes” ! »


Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – Saison 1 Épisode 3

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Il était une fois un monstre, avec des dents en toc, et qui mit le zbeul à Majorque. D’aucuns pensent que c’est à n’y rien comprendre, alors qu’il suffit juste de se rappeler comment tout cela a commencé.

Tout commença au sortir d’une crique nudiste où nous le découvrîmes. La créature ne faisait montre d’aucune hostilité, n’était pas vraiment laide, peinait à terrifier… nous en déduisîmes rapidement qu’elle était en congés, et que les acquis sociaux valaient pour tout le monde. Il lui fut proposé de la raccompagner au village vacances, ce que le monstre sembla accepter. Nous le surnommâmes “Bilibou”, puisque c’est ce qui était marqué sur sa casquette.

Sur le chemin, nous peinions à brosser un portrait de la bestiole, tant elle ne ressemblait à rien. Nous devinions ses dimensions – cinq mètres de hauteur pour quatre de largeur – mais pour le reste… Les plumes se disputaient aux touffes de fourrure, les écailles aux cornes, personne n’osait le toucher. Bien que nous ayions rapidement établi que Bilibou marchait sur des pattes, nous n’arrivions toujours pas à nous mettre d’accord sur leur nombre exact. De cette masse compacte et bigarrée, seuls de grands yeux pensifs surnageaient.

Lorsque nous fûmes en vue des installations, le monstre s’agita. Il fit montre d’une célérité inouïe, qui le conduisit directement en pleine séance d’aquabike. De là, il découvrit sa mâchoire édentée et fit mine de happer tout ce qui passait à sa portée. Le public, d’abord un peu surpris, finit par éclater de rire. Il croyait à une bête animation et un costume un peu couillon, d’autant plus que la bête avait dévoilé une langue télescopique qui chatouillait les ménagères. Bilibou, vexé, finit par sortir de l’eau et récupéra la clef de son bungalow. Il y resta une petite heure, le temps pour les moniteurs de terminer la session.

Lorsqu’il revint vers nous, le colosse s’était fabriqué un semblant de dentition avec des bouts de carton. Bilibou n’eut pas un regard pour l’assistance lorsqu’il se dirigea mollement vers le buffet à volonté. Incapable de croquer qui ou quoi que ce soit, il essayait de garder la tête haute ; ainsi sirota-t-il le guacamole, le tzatziki, puis à peu près toutes les sauces qui se trouvaient là. Il s’attaqua ensuite aux nombreux bols de punch, qui l’éméchèrent ; de là, il mit un point d’honneur à fracasser toutes les bouteilles pour en laper le contenu, avec une préférence évidente pour les mixtures un peu chargées. Face au tohu-bohu naissant, quelques employés s’approchèrent pour le raisonner, mais furent rapidement éjectés. Le cuisinier se voulut philosophe et rassurant, et proposa aux estivaux de festoyer dans le restaurant le temps que le monstre dégrise. Mauvais joueur et triste sire, ce dernier fit volte-face et fonça dans la bâtisse ; l’onde de choc mit tout sans dessus dessous, à commencer par le pauvre cuistot. Les gens criaient, glissaient sur de la marinade, éternuaient… Lorsque le nuage de poussière se dissipa, Bilibou avait disparu et la piscine ne sentait plus le chlore. On remonta facilement sa piste jusqu’à la crique ; une roche nue et collante faisait désormais office de plage, et quelques dents cartonnées jonchaient le rivage.

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – Saison 1 Épisode 2

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Si dehors, la végétation arbore de belles tâches de rousseur, dedans, c’est la maison tout entière qui déjà hiberne, à grand renfort de couvertures et d’emmitouflements. Chacun fait ce qui lui plaid ! Dans l’immobilité, il est une présence qui toutefois préfère la quiétude ascétique du guet. Le cul fondu sur le radiateur, son regard vert et noir fixe d’une vigilance implacable par-delà les vitres. Pourtant le calme n’est qu’apparent : il ne suffira d’ailleurs que de quelques minutes pour que le guetteur se laisse aller à la fébrilité, avant de finalement embrasser la frénésie : est-ce la cime d’un arbre qui aurait frémi une fois de trop ? Sont-ce les branches que le vent n’agite pas comme il faut ? Malgré les motifs ambre et almandin du jardin, le plus vif éclat se trouve désormais dans les orbites du chat : ses coussinets tapotent rageusement le verre, comme un prospecteur apercevant une belle pépite. Cette agitation tire de leur engourdissement quelques êtres, qui réalise non sans malice la raison de tout ce pataquès : un nid, caressé par la lumière, autour duquel volettent deux poids plumes. Autour d’une solide structure, l’ouvrage se construit brindille après brindille, comme autant d’emprunts aux environs. Mais de tout cela, le chat n’en a cure : il pense à son évasion spectaculaire de la maison, déjouant tous les pronostics, il songe à la glorieuse chasse qui s’ensuivra… Il s’enivre d’une prédation qu’il n’a jusqu’alors appliquée qu’aux mouches de passage. Mais ! le plan est sévèrement compromis par le tintement métallique d’une gamelle qui se remplit. La bête, déboussolée, avorte ses rêves de conquête pour une terre déjà acquise. À son retour, les oiseaux auront perdu tout intérêt : une fois repu, il est en effet bien plus facile de digérer ses échecs !

Airelle x Zaromatt

Airelle x Zaromatt – Saison 1 Épisode 1

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L’inspectrice McFish arriva rapidement sur les lieux du braquage. Hivernale, la rue offrait un décor blafard et dépouillé, et on n’y voyait pas à deux mètres ; pourtant, tous reconnurent la fourrure fatiguée de la jeune enquêtrice. Mal rembourré, le vêtement lui donnait une allure musculeuse et compacte qui confinait à l’absurde, à mille lieux de sa chétivité. Elle essuya en toute logique quelques remarques gaillardes lorsqu’elle intégra le commissariat, mais elle s’en cognait, tout comme elle cognait quiconque se mettait entre elle et la vérité. Cette détermination ne reposait évidemment pas sur la seule force brute ; McFish privilégiait toujours l’observation aux fusillades, arguant qu’elle détestait le gruyère. A contrario, elle ne sortait jamais sans une loupe ; elle en faisait collection depuis toute petite, comme autant de miroirs à main dirigés vers la réalité. Pour chaque enquête, une nouvelle loupe ; l’instrument avait beau ne servir que rarement, il faisait toujours son petit effet.

“Lieutenante.
– Agent Ludwig. Le commissariat évoquait un vol avec effraction.
– Oui, oui, une petite épicerie, avec un modus operandi qui va vous plaire : ils n’ont volé que des légumineuses. Lentilles, pois, fèves… ils ont même récupéré les flageolets dans les boîtes de cassoulet ! À force de répéter “cinq fruits et légumes par jour” à la télé, ça nous pendait au nez des conneries pareilles. Et vous vous doutez bien que le temps qu’on arrive, ils avaient mis les gaz…
– En plein hiver, votre langage fleuri fait désordre. Des indices ?
– Les braqueurs ne se sont pas arrêtés là cheffe, y a toute une mise en scène là-dedans. Ils ont gavé de la poiscaille avec des haricots rouges avant de suspendre le tout avec des ficelles. Quand vous rentrez dans la supérette, les poissons rebondissent les uns sur les autres… Ca donne un bruit si flasque, à en faire chialer Captain Igloo.
– Un grand sentimental, lui aussi. Occupez-vous des badauds, je vais inspecter les lieux.”

Depuis le passage de Ludwig, une curieuse réaction chimique avait rendu translucide la peau des pauvres bestioles, accentuant le surréalisme de la scène. Nombre de délinquants et criminels aimaient laisser une trace, mais ils ne se donnaient généralement pas cette peine. Comme pour mieux réfléchir, McFish s’était placée au centre de ce curieux carrousel, fixant tour à tour et non sans strabisme chaque poisson dont la virevolte laissait quelquefois éructer un ou deux haricots. Dehors, la tempête avait cessé pour laisser place à une lumière blanche, qui se reflétait dans la loupe attentive de la policière. Elle n’avait ni mobile, ni chemise, ni suspect, mais elle savait que quelqu’un paierait pour tout ce micmac : foi de McFish !

Airelle x Zaromatt

La dame qui attend

Je vois souvent une femme le matin, tandis que je descends de mon immeuble pour sortir les chiens. Elle se situe toujours au même endroit, bien qu’en perpétuel mouvement, et m’adresse souvent un regard, avant de replonger dans sa surprenante attente : personne ne vient jamais.

Il serait aisé de la traiter de folle et de simplement passer son chemin. Or, mes petites habitudes me confrontent à elle, chaque jour, alimentant mon intérêt et ma tendresse pour ce pauvre personnage.

Pourtant, alors que j’écris ces lignes, je serais bien incapable d’estimer si ses frusques changent d’un jour à l’autre. Quelque chose hante le visage de cette femme, affectant également ma perception.

Recluse dans sa parcelle imaginaire, on dirait qu’elle attend un événement dont l’importance est si vague qu’elle submerge ses yeux clairs.

La douleur et l’inquiétude de son humanité solitaire ne faiblissent jamais, le temps de ma petite boucle quotidienne. Je pense alors à nos souffrances, nos impasses, et tout ce qui nous lie, quand bien même je sais que je ne lui parlerai ni ne l’aiderai jamais.

Cette femme, qui n’arrive ni ne repart, voyage sans doute bien plus loin que nous. 

Airelle